Le Château de Cherbourg


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Cherbourg
Le Château de Cherbourg en réalité augmentée

Du château de Cherbourg, détruit entre 1689 et 1692 à la demande de Louvois, Ministre d’Etat chargé du ministère de la guerre par Louis XIV, ne subsistent de nos jours que quelques vestiges épars dont la plupart reposent sous une épaisse couche de terre. Bordée au nord par la mer, à l’est par la Divette, isolée à l’ouest et au sud par d’impressionnants fossés , cette forteresse, d’environ 220 toises de long et 140 toises de large, réputée imprenable, édifiée au début du Moyen Age, à l’extrémité de la presqu’île du Cotentin, sur l’emplacement d’un ancien camp romain, dont on peut juger de l’importance grâce à la réalité
augmentée
, fut, des siècles durant, l’enjeu de luttes incessantes entre royaumes de France et d’Angleterre.

Dans un mémoire, déposé au dépôt du génie militaire, M. de Vauban, Commissaire général des fortifications sous le règne du roi Louis XIV, nous livre des détails curieux sur l’état du château avant sa démolition. La rivière la Divette passait sous les remparts et pouvait facilement remplir les fossés. Les tours étaient de hauteur inégale et de structure différente ; toutes avaient des mâchicoulis et un petit parapet au-dessus. Les courtines du donjon avaient des mâchicoulis, des parapets et un chemin de ronde tout autour. La plus haute des quatre tours du donjon avait seize toises (96 pieds) de hauteur, depuis le fond du fossé, sur cinq toises de diamètre. La hauteur des autres tours atteignait dix à quatorze toises. Les courtines, entre les tours du donjon, avaient dix toises d’élévation. Il y avait un puits dans le donjon. L’église du château mesurait environ 60 pieds de long sur 12 pieds de large.

La Forteresse des ducs-rois

Dans leurs écrits, Orderic Vital et Guillaume de Jumièges font mention du séjour d’Aigrold, roi du Danemark, à Cherbourg, vers 945. [...] Un acte de l’an 1026 parle clairement du château de Cherbourg ; il y est nommément désigné dans la liste des donations que fit alors le duc Richard III à la princesse Adèle, fille du roi Robert, en l’épousant. Dans cet acte, il nomme le château de Cherbourg, castellum Carusburc.
Le duc Guillaume (le Conquérant) fonda un hôpital à Cherbourg ; il y fit bâtir l’église du château sous l’invocation de la Sainte-Vierge, et y établit des chanoines réguliers, en conséquence d’un vœu qu’il avait fait à Cherbourg même, durant une très grave maladie, plusieurs années avant de conquérir l’Angleterre.
Le château de Cherbourg est cité parmi ceux du Cotentin dont Henri
, avant d’être roi, fit réparer ou renforcer les fortifications. En 1112, le même prince y fit enfermer le comte de Bellême, un de ses plus grands ennemis, avant de le faire transférer au château de Warcham.

Après la mort de Henri Ier, Geoffroy, comte d’Anjou et le comte Etienne-de-Blois se disputèrent avec acharnement sa succession. Cherbourg, longtemps au pouvoir du comte de Blois, fut pris en 1142 par son concurrent. On trouve, dans l’historien de Geoffroy, des détails curieux sur le château de Cherbourg et sur sa force à cette époque.
Le parti du comte de Blois prévalut encore longtemps en Angleterre. Mathilde, femme du comte d’Anjou et mère du roi Henri II , résida fréquemment au château de Cherbourg durant ce temps, quand elle ne fut pas occupée en Angleterre à faire la guerre à Etienne-de-Blois.
Le règne de Henri II fut pour le château de Cherbourg un temps de paix et de splendeur. Ce prince y séjourna fréquemment ; il y passa souvent les grandes solennités de l’année avec la reine Eléonore, et une cour nombreuse et brillante : tous les historiens contemporains en font foi.
Robert, abbé du Mont-Saint-Michel, contemporain de Henri II, qui le traitait avec beaucoup de distinction, nous apprend que le prince passa les fêtes de Noël à Cherbourg, en 1158, avec la reine Eléonore, qui venait d’arriver d’Angleterre. Le même auteur rapporte qu’il y tint encore la solennité de Noël, en 1160, après avoir pendant quelque temps attendu à Barfleur un vent favorable pour passer en Angleterre.
Parmi plusieurs autres séjours du même roi à Cherbourg, je ne citerai que celui de 1180 ; ce fut l’année de dédicace de l’église. Henri avait eu trop de part à sa construction pour négliger une aussi grande fête. On consacrait rarement les églises des abbayes en Normandie sans que le duc se trouvât à la cérémonie. Cette fois Henri avait un motif tout particulier pour ne pas y manquer. Fondée par sa mère, l’église de l’abbaye avait été en grande partie construite et achevée aux frais de Henri. L’histoire nous apprend en outre qu’il s’embarqua à Cherbourg, la même année, pour passer en Angleterre.

Le château ne semble pas avoir été habité par Richard-Cœur-de-Lion ; il vint deux fois particulièrement dans le Cotentin, et ce fut à Barfleur qu’il descendit. Un historien seul lui fait passer la nuit dans un château du Cotentin, en 1194. Les contemporains ne parlent pas non plus d’un séjour du roi Jean-Sans-terre à Cherbourg. Repno rapporte des actes qu’il signa à Carentan . On voit qu’il signa aussi à Barfleur, le 10 février 1199 (1200), une charte en faveur de l’abbaye de Cherbourg, pour lui confirmer le patronage des églises de Gatteville et de Barfleur.

Le Château de Cherbourg pendant la Guerre de Cent Ans

Le château de Cherbourg fut une des places fortes de Normandie qui passèrent tranquillement sous la domination de Philippe-Auguste, au commencement du XIIIe. siècle. [...] Pendant plus d’un siècle, il n’en est plus parlé. Walsingham rapporte que, vers 1295, la flotte d’Yarmouth fit une descente à Cherbourg, et que les Anglais pillèrent l’abbaye et la ville. Le château échappa aux ravages d’une troupe qui n’avait ni le temps ni les moyens de l’assiéger. Le gouvernement, convaincu que, si les fortifications du château de Cherbourg avaient pu le garantir cette fois d’un coup de main, elles ne résisteraient pas à une attaque sérieuse, y fit faire des réparations et ajouter beaucoup d’ouvrages, qui, en 1346, arrêtèrent une armée considérable.

Par la cession définitive du Cotentin, faite, en 1355, à Charles le Mauvais , roi de Navarre , Cherbourg devient la principale forteresse de la domination de ce prince. Son alliance avec l’Angleterre lui apprit bientôt à connaître toute l’importance de cette place ; durant le reste du XIVe siècle, ce fut là que débarquèrent presque toujours les troupes Anglaises et Navarraises qui ravageaient la Normandie, quand elles étaient les plus fortes, et qui se retiraient en sûreté, dès qu’elles ne pouvaient plus tenir la campagne.
Peu après la cession du Cotentin, le roi de Navarre trouvant que les fortifications faites au château de Cherbourg, soixante ans auparavant, ne répondaient plus à l’importance de la place, y en fit faire de nouvelles bien plus considérables. […] Ce fut Dugesclin qui assiégea cette place en 1378. Il venait de réduire toutes les autres forteresses du Cotentin. Elle fit à ses troupes victorieuses une résistance telle qu’après un siège long et meurtrier, il fut forcé de se retirer.

Le roi de Navarre l’avait cédé aux Anglais pour une somme d’argent et une période allant jusqu’à l’automne 1393. Au mois d’octobre de cette année, Jean Golafre, qui en était gouverneur pour le roi d’Angleterre, en fit la remise au fils de Charles le Mauvais, qui rendit le prix de l’engagement avec celui de l’artillerie et des provisions. [...] En 1404, le roi de Navarre vendit à la France la ville et le château pour une somme de 200 000 livres, dont une moitié fut payée comptant ; pour l’autre, on lui engagea les revenus du domaine de Provins. La France qui avait fait tant de frais pour recouvrer cette forteresse, ne la posséda pas longtemps. Les troupes victorieuses de Henri V, commandées par le duc de Gloucester, vinrent quelques années après assiéger la ville et le castel de Cherbourg. Les Anglais en furent paisibles possesseurs pendant trente deux ans, et en firent leur boulevard et la principale forteresse de Normandie ; ils la mire en tel état de défense que les Français n’osèrent l’attaquer, jusqu’à l’entière réduction de la province. Ce fut là encore qu’arriva, au début de 1450, le sire Thomas Kiriel, qui commandait l’armée Anglaise à Formigny , où les Français remportèrent une victoire décisive.
Quelques mois après cette victoire, le connétable de Richemont vint assiéger Cherbourg. Après une belle défense, Thomas Gouel, qui en était gouverneur, se rendit le 12 août 1450.

Grandeur et décadence

Vers 1687, Louis XIV entreprit de faire de Cherbourg un port de première importance et de le fortifier en tenant compte des progrès qui avaient été faits en terme de défense. Le fameux Vauban y fut envoyé. [...] Quelques travaux furent commencés en 1688 ; bientôt ils furent suspendus, et enfin totalement abandonnés. En 1689, par ordre de la Cour, on détruisit et ces nouveaux ouvrages et les anciennes fortifications. Bien vite, on voulut réparer la faute qui avait été commise. Au commencement du XVIIIe. siècle, quelques travaux furent entrepris à la hâte ; mais l’épuisement des finances les fit laisser dans un état insuffisant pour garantir la ville d’un coup de main.

En 1758, quoique la garnison de Cherbourg fût considérable, et la presqu’île pleine de troupes, les Anglais prirent la ville sans opposition. Ils en restèrent tranquilles possesseurs durant huit jours, démolirent les fortifications, emportèrent l’artillerie et même les cloches, et ne se retirèrent qu’après avoir fait payer une forte rançon aux habitants.


Anciens Châteaux de l’Arrondissement de Cherbourg
Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie - 1824.



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