L’église Notre-Dame de Saint-Lô


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Saint-Lô

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Choeur de l'église Notre-Dame de Saint-Lô
Choeur de l’église Notre-Dame de Saint-Lô © Jean-Claude Girard

L’église Notre-Dame de Saint-Lô, de style gothique, érigée à partir du XIIIe. siècle, a été classée aux monuments historiques en 1840. En juillet 1944, au lendemain des combats de la libération de la ville, l’église Notre-Dame, amputée de sa façade ouest, privée de ses voûtes et de sa tour Nord, n’est plus qu’un vaste amas de ruines. Malgré le projet de restauration de l’architecte des Monuments historiques Louis Barbier prévoyant sa reconstruction à l’identique, l’église Notre-Dame de Saint-Lô ne retrouvera jamais son faste d’antan. En 1953, passant outre l’avis d’une majorité de Saint-Lois , Yves-Marie Froidevaux, successeur de Louis Barbier, décidera d’en faire un mémorial contre la guerre.

Considérée dans son ensemble, l’église Notre-Dame de Saint-Lo a quelque chose de monumental et de grandiose joint à un caractère d’originalité. Le portail, surmonté de deux tours dont la hauteur, y compris les flèches, est de plus de 200 pieds lui donne un aspect imposant et noble et met cet édifice au nombre des plus remarquables que l’art religieux ait produits dans notre contrée. Mais si on la considère de près et dans ses détails, on est frappé de l’irrégularité et du manque d’unité qui règnent dans le plan sur lequel elle a été construite.
La cause de cette incohérence est due aux difficultés du terrain et à ce que l’édifice a été elevé à différentes reprises.

Commencée dans les premières années du XIVe. siècle, sur l’emplacement de l’ancienne église Notre-Dame fut agrandie, entre 1409 et 1430, de toute la partie connue sous le nom de Chapelle Saint-Thomas, pour ce quelle nestoit pas assez grant qui peust suffire pour la grant multiplication du peuple dicelle.
La construction de la chapelle de la Vierge ou du Rosaire remonte à l’année 1497. Elle fut édifiée derriere le chœur pour croistre, améliorer et amplifier ladite église pres et joingnant de la maison et chapelle de reverend père en Dieu Monseigneur Gieffroy evesque de Coustances et joingnant aussi a lhostel de la monnaie. — Audit lieu avoit esté erigée en 1470 par les bourgois manans et habitans de St-Lo une librairie et estude pour illec mettre leurs livres qui leur avoient esté donnez par M" Jean Boucart evesque dAvranches et par Me Ursin Thyboult vicaire de levesque de
Bayeux
.
Le portail et la tour du Midi datent de l’année 1464, ainsi qu’il résulte d’une inscription gravée sur une pierre calcaire enclavée extérieurement dans la muraille de
l’église, et laquelle est ainsi conçue :

A LA LOVENGE ET HONNEVR DE DIEV DE NOSTRE DAME
ET DE SAINT JEHAN LE VIRCE CE PORTAL ET LA TOVR
FVREM ENCOMMENCÉS A EDIFFIER DES DENIERS DES PAR-
ROISSSIENS ET BIENFACTEVRS DE CESTE EGLlSE AV MOYS DE MARS LAN MIL IIii. IX. IIII. PAR JEHAN DE CAVMONT, JEHAN
FARRY ET RICHARD LE ROSSIGNOL LORS TRESORIER DICELLE.
DIEV LEVR FACE PARDON. AMEN. PATER NOSTER.

La tour du Nord est d’une époque antérieure les piliers qui la supportent, comme tous les autres détails d’architecture, annoncent le XIVe.siècle. Elle s’appelle la tour de l’horloge. Vers 1480, elle céda ses cloches a la tour du Midi qui prit alors le nom de tour des cloches, nom qu’elle conserve encore maintenant. Les fleches qui les couronnent l’une et l’autre sont du XVIIe. siècle. Frappée mainte fois par la foudre, celle du Midi a tellement souffert que la démolition vient d’en être ordonnée. Elle devra être reconstruite dans un bref délai et surmontée d’un paratonnerre.
Les nombreuses statues qui enrichissaient la façade du portail ont disparu sous le marteau des huguenots et des révolutionnaires les niches seules sont restées.
Les bas-reliefs de la même façade ont été aussi en partie brisés ; cependant on peut reconnaître dans le tympan du portail de gauche le trespassement de St-Jehan le vierge. Dans cette scène, saint Jean est étendu sur une couche décorée de draperies retombantes. Au-dessus plane un ange dans un cercle de nuages. Il est envoyé vers le mourant par le Père Eternel dont il ne parait que la tête ornée d’une longue barbe.
Le tympan du portail central est occupée par la Nativité de Notre-Seigneur ce groupe nous semble d’un travail moderne.
Il faut des yeux exercés pour distinguer plus loin le Crucifiement et les quatre Evangélistes.

Sur cette même façade et au pourtour de l’église, se voient assez bien conservés un singe habille en moine, jouant d’un instrument semblable à un violon un berger jouant de la loure ou bignou un personnage couvert d’un manteau, tenant de la main droite une tasse ou godet, et versant dedans avec la gauche un liquide contenu dans une chopine d’ètain ; un hermite disant son chapelet, une serpe ou serpette de jardinier pendue à la hauteur de sa tête ; un maître d’école frappant avec la paume de la main sur le postérieur dénudé d’un enfant qu’il tient adentè sur ses genoux ; une maîtresse d’école dans l’attitude de frapper sur un objet mutilé (sans doute une petite fille) posé de même sur ses genoux ; un monsieur et une dame se disant des mots d’amour ... Samson combattant le lion sur lequel il est affourché ; David serrant dans ses bras et cherchant à étouffer l’ours dont il est parlé au 1er livre des Rois ... plusieurs figures grotesques, quelques obscénités qui sans doute aussi ont leur signification. Nous la chercherons plus tard, lors d’un travail plus étendu que nous comptons consacrer à la description du monument.
En 1773, les chapelles de l’église Notre-Dame, non compris celle du Calvaire et celle du Rosaire, étaient au nombre de vingt-quatre. Quatre étaient adossées aux piliers de la grande nef : c’étaient les ehapelles ou plutôt autels de saint Clair et de saint Martin, par devers le chœur ; celles de saint Joseph et de Notre-Dame-du-pilicr, à l’autre extrémité. Ces deux dernières existent encore.
Les autres chapelles étaient placées contre les murailles et entre les piliers des busses-nefs, au-dessous des fenêtres. A l’exception de deux ou trois, le souvenir en a même disparu.
C’étaient (d’après les renseignements que nous avons recueillis aux archives de la fabrique de cette église et ailleurs), en commençant par la gauche :

La Chapelle du Calvaire

1° La chapelle Saint-Charles, où se trouvent les fonts baptismaux.
2° La chapelle Saint-Louis. Le saint Roi de France se voit encore peint en pied avec les atrributs de la royauté, sur la vitre, au-dessus de la porte qui a été percée à la place de cette chapelle.
3° La chapelle Saint-Michel.
4° La chapelle Saint-Jean-Bapliste.
5° La chapelle Saint-Laurent.
6° La chapelle Saint-Sébastien.
7° La chapelle de la Madelaine.
8° La chapelle Saint-Jacques.
9° La chapelle Saint-Pierre et Saint-Paul.

La Chapelle du Rosaire

10° La chapelle de la Trinité, dite aussi de Saint-Lo ou des Reliques.
11° La chapelle Saint-Honoré.
12° La chapelle Saint-Crespin et Saint-Crespinien.
13° La chapelle Saint-Jean-1’évangéliste.
14° La chapelle Saint-Georges (où est l’autel Saint-Thomas).
15° La chapelle Sainte-Catherine.
16° La chapelle Saint-Simon et Saint-Jude.
17° La chapelle Sainte-Anne.
18° La chapelle Saint-Julien.
19° La chapelle Saint-François.
20° La chapelle Saint-Blaise.

Aucun des beaux vitraux qui décoraient les fenêtres de l’église Notre-Dame n’est conservé intact. Celui qui présente le plus d’ensemble est le vitrail de la chapelle
de la Trinité ou des Reliques. Les trois personnes de la Sainte-Trinité, entourées d’un grand cercle bicolore azur et or, composé d’anges et de chérubins, y sont représentées assises, couvertes de chapes riches et ornées.
Le Père porte la tiare ; les deux autres ont la tête nue. Le Saint-Esprit est à la gauche du Père et se distingue d’ailleurs par un pigeon nimbé, placé sur sa poitrine.
Le Père Eternel tient le globe crucifère sur son genou gauche et bénit de la main droite. Au-dessous, la Sainte-Vierge couronnée est debout sous une ogive d’or et d’azur, composée d’anges et de chérubins, comme le cercle qui entoure la Trinité.

Cette chapelle avait été fieffée aux bouchers de la ville. Nous l’apprenons des archives de la fabrique et d’une inscription qui existe au bas du précédent vitrail

A LHOVNEUR DE LA TRINITÉ
LES MAISTRES BOVCHIERS DE LA VILLE
ONT RESTABLI PAR VNITÉ
CEST VITRE BELLE ET MILE. 1582.

Elle est accompagnée des armes de la corporation des bouchers, c’est-à-dire, à gauche : d’un écusson portant huit moutons posés 3, 2 et 3, et à droite : d’un autre écusson portant deux bœufs accolés.
Sur le vitrail de la chapelle Saint-Sebastien on remarque le saint martyr attaché à une colonne et percé de flèches ; le patron des avocats, saint Yves, en costume de docteur, l’aumonière pendue à la ceinture ; un tableau représentant le jugement de Salomon.
Ce saint Yves a été pris pour le roi Louis XI par plusieurs antiquaires. Cependant le nimbe, marque distinctive de la sainteté, aurait dû leur éviter cette erreur. D’ailleurs, on lit à la hauteur de la tête l’inscription S. YVE et sur le même vitrail ce fragment d’inscription qui sert à corroborer notre assertion :

NVNC TE DEPOSCIMVS IVO
MERITIS COMPLEAT ILLE TVIS.

Dans la chapelle Saint-Laurent, un personnage jeune, à la longue chevelure, debout, couvert d’une armure complète, le casque excepté, et par dessus tout d’un long manteau, tient à la main droite une hampe au bout de laquelle pend une bannière d’azur à la croix alezée d’argent, cantonnée de quatre fleurs-de-lys d’or. Sur la main gauche il porte un faucon.
Ce personnage nimbé a le front ceint d’une couronne ouverte à fleurons, ou simplement d’un cercle fleuronné. Nous avions pensé que ce pouvait être un saint Louis jeune ou même un saint Charlemagne. La bannière qu’il porle et que d’après quelques auteurs on peut regarder comme l’ancieune bannière de France, nous avait conduit à émettre celle opinion. Mais, nous déclarons ne pas nous y arrêter et nous nous soumettrons avec plaisir au jugement d’un homme compétent.

Sur le même vitrail, plusieurs personnages en costume étranger tiennent des zones ou bandes portant des passages extraits de l’Ecriture Sainte. Tout près d’eux un autre personnage assis, la tète appuyée sur sa main gauche, les yeux fermés, et plongé dans une profonde réflexion, tient dans la main droite un objet qui peut être est le lapis stanneus de l’Ecriture. Au-dessous on voyait, il n’y a pas long-temps encore une branche de compas. Ce personnage est, pensons-nous, Zorobabel. L’inscription ECCE VIR ORIENS NOMES EJUS peut aussi le faire supposer. Derrière lui s’élève un arbre verdoyant qui est sans doute l’arbre de Jessé.
Le vitrail de la chapelle Saint-Jacques a en quelque sorte disparu. Une partie avait été donnée par maître Jean Lebas, monnoyer de la ville, comme l’indique l’ins-
cription suivante

MAITRE JEHAN LE BAS MONNOYER DE CESTE VILLE
DE DAMOISELLE MARGVERITE DE CAUMONT SORTI
A LHONNEVR DE DIEV A DONNE CESTE VITRE ICY.

Le jugement de Crespin et de saint Crespinien est peint sur la vitre de la chapelle n° 12°, vitre qui avait été donnée par des cordonniers de la ville.
Nous avions cru remarquer sur la vitre de la chapelle Saint-Simon et Saint-Jude ces deux apôtres, soutenant un livre ouvert mais depuis que nous avons pu enlever une couche de peinture grossière, appliquée, il y a peu d’années encore, sur ce vitrail, nous y avons reconnu facilement l’image de la Sainte-Trinité.
Le Père et le Fils soutiennent un livre au-dessous duquel se voit le Saint-Esprit les ailes éployées. Nous ne nous livrerons pas quant à présent à une plus ample description. Le cadre que nous nous sommes tracé ne nous le permet pas. Cependant nous dirons encore qu’au sommet d’une fenêtre du côté droit de l’église, fenêtre sur laquelle on remarque saint Louis, saint Rémy, Saint Denis et sainte Geneviève, il existe un petit vitrail circulaire, représentant l’Annonciation, qui nous paraît provenir de l’ancienne église Notre-Dame. Il mérite d’être signalé de même que tous ceux dont il a été question et sur lesquels nous appelons l’attention de nos concitoyens et des savants étrangers.


Notices, Mémoire et Documents
Société d’Agriculture, d’Archéologie et d’Histoire Naturelle du département de la Manche.
Notice sur l’église Notre-Dame de Saint-Lô - Dusboscq - 1851

église Notre-Dame de Saint-Lô
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