La Cathédrale Notre-Dame de Sées


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Sées

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La cathédrale de Séez est un des plus remarquables monuments de l’architecture religieuse en France. Son histoire est fort importante dans l’étude de l’art de bâtir. Cet édifice, partageant en cela le sort de plusieurs églises célèbres, appartient à un âge incertain, et l’on a voulu se servir de l’obscurité qui entoure son origine pour lui attribuer une antiquité beaucoup trop reculée et pour le rapporter à une période architectonique à laquelle il est étranger. [...] L’ensemble du monument de Séez appartient évidemment aux procédés usités dans l’art de construire à la fin du douzième siècle et au commencement du treizième.

Plan de la cathédrale Notre-Dame de Sées par Eugène Viollet le duc - 1856.

Lorsque le christianisme eut établi dans presque toutes nos provinces son influence bienfaisante et régénératrice, la vieille cité des Sagiens eut pour évêque saint Latuin ou saint Lain. Ce fut lui, vers 440, qui jeta les premiers fondements de l’ancienne église. Suivant une coutume que nous nous plaisons spécialement à mentionner comme une de nos plus admirables traditions catholiques, la cathédrale primitive fut consacrée sous l’invocation de la sainte Vierge. Pendant cinq siècles les générations pieuses se pressèrent dans cette enceinte sacrée. Puis de grandes calamités pesèrent au dixième siècle sur la France : les normands marquèrent partout leur passage par les ruines et le sang ; il n’est aucune ville importante qui n’ait gardé le souvenir des dévastations exercées par ces terribles pirates. En 910, ils parurent devant la ville de Séez, et, quelques jours après, elle ne montrait plus qu’un amas de débris et de cendres. L’église épiscopale subit le malheur commun, elle fut entièrement détruite.
A cette époque calamiteuse siégeait Azon. Guillaume de Jumièges, dans sa chronique, nous apprend que cet évêque releva la cathédrale, et il ajoute même qu’il la rebâtit avec les matériaux délabrés des fortifications de la ville. Nous ne possédons aucun détail descriptif sur le monument romano-byzantin ; s’il était permis de proposer quelques conjectures, nous dirions que cet édifice devait plutôt satisfaire aux conditions de la solidité qu’aux lois de l’art. Rebâti précipitamment, à la suite de cruels désastres, alors que les populations décimées étaient réduites aux plus dures privations, il suffisait aux besoins les plus pressants du culte, sans présenter la magnificence des constructions postérieures. Cette seconde cathédrale devait encore périr par le feu. Le même Guillaume de Jumièges nous apprend que l’évêque Yves de Bellesme, ayant été contraint de mettre le feu aux maisons qui l’entouraient, afin d’en débusquer les brigands qui s’y étaient réfugiés, l’église en fut atteinte et entièrement consumée. Cet accident arriva vers l’année 1048.
Lorsque l’évêque Yves de Bellesme alla trouver le pape Léon IX à Reims, où il avait convoqué un concile, le 3 octobre 1049, il reçut les plus vifs reproches pour avoir incendié son église. Il se soumit à la pénitence, et forma le projet de la réédifier plus grande et plus somptueuse que celle que son imprudence et sa précipitation avaient détruite. Il partit courageusement pour l’Italie, afin de solliciter de ses parents, Boëmont, prince de Tarente, et Tancrède de Hautteville, des secours pour seconder son entreprise. Il alla jusqu’à Constantinople, où l’empereur lui donna des sommes considérables. On mit la main à l’œuvre vers 1053, et il ne fallut pas moins de soixante à soixante-dix ans pour la reconstruire. Les travaux furent arrêtés par un nouveau malheur : l’édifice s’écroula lorsque l’ouvrage s’avançait, en 1114, parce que les fondements de l’ancienne cathédrale, qu’on avait voulu conserver, calcinés par le feu, ne purent supporter le poids de la construction ; l’église ne fut consacrée qu’en 1126, et alors elle était loin d‘être terminée, puisqu’on y travaillait encore quatre-vingts ans plus tard.
Ainsi ce monument, dont on attribue la construction entière à Yves de Bellesme, ne fut terminé qu’à la fin du douzième siècle. Il n’est pas étonnant que l’œil y découvre les traces de cette architecture de transition qui se développa particulièrement dans le cours du douzième siècle. En étudiant attentivement les détails de l’église actuelle, on découvre en différents endroits des retouches nombreuses opérées dans les quatorzième et quinzième siècles. Les caractères architectoniques sont tellement évidents, qu’il est impossible de contester ces travaux plus récents. Nous retrouvons donc, dans cette belle cathédrale, l’empreinte du génie particulier des siècles les plus célèbres du moyen âge.

Les années avaient fait de cruels ravages dans la cathédrale, et, pour les réparer convenablement, les ressources étaient loin d’être suffisantes. Jean de Pérouse, cinquante-sixième évêque de Séez, chercha les moyens d’en créer, en instituant une confrérie en l’honneur de saint Gervais et de saint Protais, sous la protection desquels la cathédrale avait été dédiée par Geoffroy, archevêque de Rouen. Une ardeur très louable dans les fidèles seconda les vues du prélat : chacun briguait l’avantage d’appartenir à la confrérie nouvellement établie et de participer aux prières de l’association ; les riches donnaient une aumône de deux sols six deniers ; les bourgeois et les artisans, vingt deniers ou dix deniers, suivant leur fortune ; les plus pauvres donnaient seulement cinq deniers. Par les dons réunis de toute la population, les plus urgentes restaurations se firent à la cathédrale, qui devait malheureusement souffrir les plus tristes profanations quelques années plus tard. Les réformés pénétrèrent à Séez et exercèrent toute espèce d’excès sur le saint monument ; leur fureur sacrilège ne sut rien respecter.
Quelques années avant les guerres de religion, Jacques de Silly, prélat qui sut faire un noble emploi d’un immense patrimoine, avait fait construire l’une des deux magnifiques roses qui embellissent le transept de la cathédrale. Il avait encore relevé un grand pilier entre les deux tours, près du bénitier, et donné plusieurs vitraux. Toutes ces œuvres portent le cachet de l’époque où elles furent exécutées, au commencement du treizième siècle : l’architecture chrétienne jetait son dernier éclat, aux approches de la prétendue renaissance.

A la fin du seizième siècle, les évêques cherchèrent à ranimer l’ardeur déjà bien refroidie des membres de la confrérie de saint Gervais et de saint Protais. Ces ressources, augmentées de leurs libéralités particulières, durent employées aux réparations de première nécessité : on restaura les charpentes des chapelles de collatéraux, on reconstruisit la voûte de la chapelle de la sainte Vierge, et l’on répara le grand clocher. M. de Médavy fit abattre la pyramide qui se trouvait sur le centre de l’entrecroisement des nefs et du transept, et lui substitua un dôme quadrangulaire, que M. d’Argentré remplaça plus tard par une flèche aiguë en forme d’obélisque. C’est au même M. d’Argentré, mort en exil à Munster, en 1805, à la suite des troubles violents qui déchirèrent la France, que l’on doit les dernières réparations faites à la cathédrale avant la révolution de 1789.

En entrant dans la cathédrale de Séez, on est frappé d’abord de la légèreté noble et gracieuse de l’ensemble, de l’harmonie qui règne dans toutes les parties, de l’élancement des fenêtres, de la délicatesse des colonnes et de la magnificence des chapelles latérales. Le rond-point de l’abside captive immédiatement les regards. Quelle admirable transparence ! la perspective du chevet est d’une richesse éblouissante. Combien les regrets sont-ils amers, quand on sait que la voûte du chœur, autrefois en pierre et d’une hardie construction, est tombée sans qu’on ait pu la relever autrement qu’en bois ! Les colonnes sont, pour la plupart, cylindriques et d’un profil élégant et hardi.
Espacées symétriquement et réunies suivant des lois harmonieuses, elles constituent, et par leur formes et par leur ordonnance, une décoration pleine de noblesse et de majesté. Les colonnettes participent à la pureté du style des colonnes ; elles prennent leur essor avec une audace admirable pour s’élancer à des hauteurs prodigieuses. Les chapiteaux, généralement composés de feuillages à sommet recourbé, représentent une belle corbeille riche de tous les trésors de la végétation de nos climats. Les arcades offrent à l’observateur un caractère facilement appréciable : elles sont en pointe, et quelques unes sont à plein cintre. Les premières ont très aiguës, comme on peut s’en convaincre en regardant les ouvertures des fenêtres et celles du triforium. Les deux lignes qui se courbent pour former l’arc ogival gardent presque la raideur du triangle rectiligne, tant leur flexion est peu prononcée ; les cintres semi-circulaires qui enveloppent les trois fenêtres à lancettes de la partie supérieure de la grande nef, sont entourés d’une archivolte composée de moulures toriques. Tout archéologue dont l’esprit ne sera pas préoccupé de système hypothétique reconnaîtra dans cet ensemble une œuvre de la fin du douzième siècle. Les formes sont assez nettement accusées pour que l’analogie nous guide d’une manière infaillible.
En considérant les voûtes de la nef, largement exécutées, soutenues sur de belles nervures arrondies et légèrement élevées à leur sommet, on se rappelle presque involontairement les parties semblables des cathédrales de Poitiers et d’Angers, qui furent construites à la même époque, au moins dans certaines portions. C’est le même système général, la même distribution, la même simplicité. Nous ajouterons que c’est aussi la même grandeur et la même magnificence. Les voûtes de la nef de Séez sont dignes, et par leur exécution habile et par leur gravité noble, d’être comparées aux plus merveilleuses créations du genre.

L’extérieur de cet édifice, sans être très remarquable, n’est cependant pas dépourvu de mouvement. Le frontispice principal, surtout, est imposant dans sa sévérité et curieux par son originalité. Les arcades, à deux étages superposés, qui dominent la voussure large de la grande porte d’entrée, excitent au plus haut point l’attention des observateurs. Cette disposition pittoresque, à peu près unique en France, rachète par la richesse des lignes nombreuses son aspect étrange, en dehors des compositions communes. Les deux tours surmontées de flèches aiguës, de hauteur inégale, dont la plus élevée atteint jusqu’à soixante-quinze mètres, produisent un effet admirable.


Extrait des Cathédrales de France
M. L’Abbé J-J Bourassé - 1843



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