La Cathédrale Notre-Dame de Bayeux


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Bayeux

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Bayeux
La Cathédrale Notre-Dame de Bayeux © Pascal Villeroy

La cathédrale de Bayeux, illustre à plusieurs titres, doit être placée à un rang distingué parmi les monuments qui font l’honneur de la Normandie. En parcourant, tout récemment encore, cette province renommée, si riche en souvenirs historiques, en pittoresques paysages, en hommes éminents, nous avons été vivement impressionnés par l’aspect des constructions grandioses élevées à diverses époques du moyen âge.

Quand on entre pour la première fois dans la basilique de Bayeux, on éprouve un saisissement secret et solennel, inspiré par les proportions graves et par l’ordonnance majestueuse de l’édifice. Placé au-dessus des degrés qui conduisent dans la grande nef, on promène son regard dans toutes les parties du monument, avec cette ardente curiosité, ce charme inexprimable et cette muette admiration qui s’emparent de toutes les facultés de l’âme, en présence d’une œuvre inspirée. La pensée suit le regard, s’anime au spectacle de l’expression du génie architectural déployé dans les grandes nefs, le vaste chœur, et demeure absorbée dans la contemplation des magnificences de l’abside. Les transformations de l’art religieux ont laissé dans cette enceinte des traces plus nobles que dans aucun autre édifice, peut-être. Le style romano-byzantin prend une expression qu’on lui croirait étrangère ; la phase transitionnelle est toute parée de grâces du style ogival sous la gravité de ses formes latines ; l’architecture gothique, appuyée sur ses deux sœurs aînées, conserve leur majestueuse sévérité, animée des charmes de la jeunesse, d’une vie surabondante, embellie des ornements les plus pompeux et les plus élégants.

Nous avons hâte de traduire en quelques lignes les premières sensations que nous avons éprouvées en visitant la cathédrale Notre-Dame de Bayeux. En étudiant les dates qui ont laissé leur empreinte dans les parties importantes, nous avons suivi pas à pas les développements qu’elle a pris successivement. [...] Les commencements de l’église épiscopale de Bayeux sont enveloppés d’obscurité. Si nous nous en rapportons à l’Histoire sommaire de la ville de Bayeux, du chanoine Beziers, ouvrage qui manque trop souvent de critique, la cathédrale primitive aurait été fondée par saint Exupère, premier évêque de cette ville. Après avoir formé dans ce pays une chrétienté florissante, il bâtit un oratoire sur un emplacement donné par Regnobert, le plus puissant de ceux qu’il avait convertis. La tradition, suivant le même auteur, rapporte que la sacristie de la chapelle de Notre-Dame, derrière le chœur, occupe la place de l’oratoire de saint Exupère. Ce modeste édifice ne pouvant plus contenir le nombre des fidèles qui se formaient tous les jours, Regnobert, successeur immédiat d’Exupère, fit élever au même lieu une église plus spacieuse, où il fixa le siège épiscopal.

La première cathédrale de Bayeux, successivement augmentée et décorée par ses pontifes, fut soumise à de grands malheurs. Elle eut à souffrir les ravages des hommes et ceux de l’incendie. Les pirates du nord, dont la cruauté répandit tant de sang dans tout le cours du neuvième siècle, ruinèrent la ville et l’église de Bayeux, en 891. L’édifice ne put se relever de ses débris qu’après la conversion de leur fameux chef Rollon. Cette cathédrale est nommée entre les premières de celles qui reçurent des présents du guerrier converti, lorsqu’il se disposait à se régénérer dans le baptême.
A peine l’église avait-elle oublié ses maux, qu’elle devint la proie d’un fléau non moins terrible que le premier. En 1046, elle périt encore une fois dans l’horrible incendie qui réduisit la ville en cendres. Sur le trône épiscopal siégeait alors Hugues de Bayeux, prélat riche et puissant, qui se voua généreusement à la restauration de son église affligée. Il ne ménagea rien pour élever un monument durable, en u déployant toutes les ressources de l’architecture de son siècle. Malgré son zèle et son empressement, il n’eut pas la consolation de voir l’achèvement des travaux ; il mourut en 1049. Aidé par son frère Guillaume, duc de Normandie, Odon ou Eudes de Conteville, successeur de Hugues, continua l’entreprise déjà fort avancée et y fit des augmentations considérables. Plus heureux que son prédécesseur, il en fit faire la dédicace par Jean, archevêque de Rouen, en 1077, suivant Orderic Vital, en 1078, suivant une charte conservée autrefois aux archives du chapitre. Cette cérémonie se fit avec grande pompe : Guillaume le Conquérant, la princesse Mathilde, son épouse, Robert et Guillaume, leurs enfants, accompagnés d’une foule de barons et seigneurs de Normandie, étaient présents. Deux prélats célèbres par leur courage et leurs vertus, Lanfranc, archevêque d’York, et Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, se distinguaient au milieu d’un grand nombre d’évêques, d’abbés et de moines.
la religion, dans cette fête nationale, étala toute la magnificence de son culte. L’auguste cérémonie de la consécration des temples a toujours été regardée comme une des plus solennelles et des plus saisissantes du christianisme.
Inconstance des choses humaines ! A peine trente ans se sont-ils écoulés depuis cette imposante solennité, que l’église est brûlée, victime des fureurs de la guerre. En 1106, Henri Ier, roi d’Angleterre, et Hélies, comte du Maine, furent les auteurs de ce désastre. Rétablie par Philippe de Harcourt, évêque en 1159, et par Henri II, son successeur, elle reçut des accroissements et des embellissements qui emportèrent vite le souvenir de cette dernière calamité.

En continuant l’histoire des phases diverses traversées par la cathédrale de Bayeux, nous retrouverons dans les caractères architectoniques eux-mêmes une confirmation matérielle de toutes les reconstructions exécutées en différents temps, comme nous venons de l’indiquer rapidement. Le massif des tours doit être rapporté à l’an 1046, et la grande nef jusqu’à la galerie, à l’année 1077. Toute la construction supérieure, entreprise après les malheurs de la guerre du roi d’Angleterre, date de 1106. En 1159 de grands travaux furent exécutés et se prolongèrent jusque dans le treizième siècle. L’abside, véritable chef-d’œuvre de goût et de richesse, fut achevée vers 1221 par Robert des Ablèches, tandis que la portail doit être attribué à la belle architecture du quatorzième siècle, et le transept à la fin de ce même quatorzième ou peut-être même au commencement du quinzième. Pour ne rien omettre, la coupole, commencée en 1477, sous l’épiscopat et aux dépens de Louis de Harcourt, patriarche de Jérusalem, fur détruite en 1676. Elle ne fut rebâtie en pierre qu’en 1714 et 1715, sous l’épiscopat de François de Nesmond.

Voici les dimensions principales de la cathédrale de Bayeux : longueur totale, cent deux mètres ; largeur de la nef, dix mètres ; largeur des collatéraux, cinq mètres ; largeur des chapelles des bas-côtés, cinq mètres ; largeur totale, vingt mètres. La hauteur des voûtes est de vingt-trois mètres trente centimètres ; la longueur du transept, de trente-sept mètres soixante centimètres ; l’élévation des deux flèches du portail est de soixante-seize mètres soixante centimètres, et celle de la tour de l’horloge, de soixante-quatorze mètres cinquante centimètres.

Une crypte fort curieuse s’étend sous le sanctuaire et sous une partie du chœur. Elle est soutenue sur huit colonnes trapues, à chapiteaux grossièrement sculptés. On y reconnaît le signe des constructions du commencement du onzième siècle. C’est une des cryptes les plus étendues et les mieux conservées de nos grands édifices du moyen âge. Par un concours de circonstances assez difficile à expliquer, pendant longtemps on avait complètement perdu le souvenir de cette chapelle souterraine. En creusant le tombeau de l’évêque Jean de Boissey, on fut très surpris de la découvrir. Une inscription en lettres gothiques, placée au-dessus de l’une des ouvertures de la crypte est destinée à faire connaître cette particularité.

En mil CCCC et douze
Tiers jours d’avril que pluye arouse
Les biens de terre, la journée
Que la Paque fust célébrée
Noble home et Révérent Père
Jehan de Boissey, de la mère
Eglise de Baieur pasteur
Rendit l’âme à son Créateur
Alors en fouillant la place
Devant le grant autel de grace
Trouva-t-on la basse chapelle
Dont il n’avait été nouvelle,
Où il est mis en sépulture,
Dieu veuille avoir son âme en cure.

Amen.

En plusieurs endroits de la crypte on trouve encore des fragments de peintures qui y furent apposés au quinzième siècle. Elles sont assez mal conservées ; elles méritent cependant qu’on veille à ce qu’elles ne disparaissent pas entièrement.

La nef principale de Notre-Dame de Bayeux est remarquable par sa grandeur, par son élévation et surtout par son architecture mélangée. Les arcades romano-byzantines à plein cintre sont très belles. Les archivoltes qui les accompagnent sont décorées de billettes, de chevrons et de feuillages. Le onzième siècle a rarement produit rien de plus élégant et de plus soigné. Les artistes qui ont travaillé à leur édification ont fait preuve de connaissances étendues. L’ornementation est arrivée à une puissance que nous avons observée seulement dans les édifices de la Touraine et du Poitou. Généralement l’art normand à cette époque est plutôt robuste et sévère que chargé de moulures et de décorations. Entre les arcades et au-dessus du pilier, on a placé une statuette dans une espèce de niche à sommet angulaire. Cette disposition annonce déjà des principes avancés dans le système de construction, mais elle permet en même temps, par comparaison, de juger de l’état d’infériorité dans lequel se trouvait la statuaire, par rapport à la science de la sculpture monumentale, appliquée spécialement à reproduire la végétation ou des formes capricieuses. IL ya toute la distance d’essais imparfaits à des œuvres pleines de goût. L’appareil qui entoure les statuettes et qui remplit l’intervalle compris entre les arcades est composé de formes gracieuses : ce sont des nattes délicatement tressées, des écailles imbriquées, des fleurons, des dessins variés. Au-dessous de la corniche inférieure des galeries, on trouve déjà les caractères apparents du douzième siècle. Les quatre-feuilles réunis en chaîne environnent l’édifice, comme une guirlande légère, incrustée dans la muraille. Cette gracieuse frise produit un très bon effet. Nous ne l’avons pas rencontrée souvent dans les églises monumentales.

Le transept est large et majestueux. Il est à regretter qu’il ne soit pas entièrement libre, comme dans le plus grand nombre de nos cathédrales. De larges et magnifiques fenêtres y répandent la lumière. Partagées par un grand nombre de meneaux, elles pourraient presque le disputer en beauté aux roses, tant le léger épanouissement des trèfles, des quatre-feuilles et des rosaces qui remplissent le tympan est gracieux et hardi.
Le massif jubé, placé à l’entrée du chœur, est un de ces contre-sens ridicules dont on déplore aujourd’hui la construction et qu’on est forcé de subir. Il fut bâti à grand frais par M. de Nesmond, de 1698 à 1700. Comme œuvre isolée, il n’est pas dépourvu de mérite, mais ce n’est pas là sa place. Il détruit les lignes de l’architecture et coupe la perspective d’une façon déplorable. Nous l’avons comparé à un beau morceau d’étoffe placé sur un riche vêtement de dentelles et de broderies.

En pénétrant dans le chœur on est vraiment ébloui de la gloire de l’abside. Nous n’avons jamais observé nulle part d’aussi belles galeries que celles qui forment la couronne du rond-point. Elles sont dessinées avec la plus irréprochable élégance et la plus suave pureté des formes. Une grande arcade ogivale en renferme d’autres plus petites, pressées comme des sœurs sous les bras de leur mère. Les colonnettes qui les soutiennent, surmontées de bouquets de feuillages, unissent encore leur fût capricieusement effilé pour compléter cet ensemble ravissant. Il est aisé de voir que l’architecte a voulu déployer ici tout son talent, et il n’est pas moins facile de se convaincre qu’il a parfaitement réussi. A notre sens, la galerie de l’abside de Bayeux est le chef-d’œuvre des constructions du genre.
Il faut bien avouer maintenant que le développement des fenêtres a souffert de celui de la galerie qui les soutient. Leur ouverture à lancettes conserve ce caractère sévère qui plaît toujours ; mais le défaut d’étendue diminue considérablement l’effet qu’elles auraient dû produire. Dans leur état actuel néanmoins, elles semblent faire corps avec la baie des galeries, et, vues de loin, elles communiquent à toute la partie qu’elles éclairent un caractère de grandeur simple et noble qui n’est pas dépourvu de charmes. Puisque nous sommes obligés de laisser échapper quelques paroles de blâme, nous n’approuvons pas l’idée que l’on a eue de canneler les colonnes les plus voisines du maître-autel. Nous ne connaissons pas l’auteur de cet embellissement prétendu. Nous inclinerions à penser qu’il fut exécuté au commencent du dernier siècle. Malgré l’opinion de quelques personnes respectables, il est impossible de reconnaître dans cette barbare opération un travail du moyen âge. Les surfaces unies paraissent toujours aux artistes anciens plus graves et plus monumentales, que ces sillons étroits et mesquins.

Toutes les voûtes sont d’une belle exécution : celles du sanctuaire et du chœur nous offrent peints les noms des premiers évêques de Bayeux, avec les bustes de plusieurs d’entre eux. Le travail n’est pas tout entier de la même époque, ni de la même main. On remarque que les douze premiers noms, ainsi que les peintures qu’ils accompagnent, sont d’une exécution différente de celle des noms qui suivent, écrits d’ailleurs avec une autre couleur et en caractères plus petits. Ces peintures offrent le plus haut intérêt et méritent qu’une active sollicitude veille à leur entière conservation. Nos vieilles peintures murales doivent être respectées jusque dans leurs plus faibles vestiges et jusque dans leurs derniers débris. Les pertes, sous ce rapport, ont été si nombreuses et si déplorables, que le plus médiocre fragment ne saurait être indifférent aux hommes qui étudient l’iconographie chrétienne.

Tout autour de la cathédrale de Bayeux, on compte vingt-une chapelles, sans y comprendre celle de la sainte Vierge. Cette dernière chapelle, originairement dédiée à la sainte Croix, paraît avoir été construite après le corps du monument, peut-être sous l’épiscopat de Philippe de Harcourt ou de Henri II, son successeur. Elle est située à l’extrémité de l’abside et éclairée par cinq fenêtres : la voûte est appuyée sur des piliers isolés, d’une grande délicatesse. La destination actuelle de ce sanctuaire, toujours si vénéré dans tous les temps, est tout à fait conforme aux saines traditions catholiques. A la tête du Christ , c’est-à-dire derrière l’autel principal, était la place convenable de l’autel consacré à la Mère de la divine grâce.
Plusieurs des chapelles des collatéraux sont éclairées par des grandes fenêtres flamboyantes. Elles annoncent clairement diverses substructions ou réparations faites dans le cours du quinzième siècle, ou même au commencement du seizième. Les meneaux contournés qui remplissent de leurs formes fantastiques le sommet de l’ouverture sont à nervures et exécutés avec la délicatesse de travail propre au troisième âge de l’architecture ogivale.

L’extérieur de la cathédrale de Bayeux est très-imposant. La façade principale, accompagnée de deux flèches pyramidales, la tour de l’horloge, élevée sur le centre des transepts, les deux clochetons aigus placés aux deux côtés de l’abside communiquent au monument une physionomie pleine de grandeur et de distinction. Vue à distance, l’église de Notre-Dame offre une perspective enchanteresse. La masse générale se dessine accompagnée de mille accessoires pittoresques, dans un panorama riche et varié. A mesure que l’observateur change sa position, le spectacle se modifie et semble devenir nouveau. Le monument paraît tout autre, aux différents points de l’horizon. Nous n’oublierons jamais l’impression que nous avons éprouvée en voyant de loin se dessiner dans les airs les aiguilles de cette noble basilique.

Le portail principal est composé de cinq voussures, dont celle du centre correspond à la grande nef, les autres aux nefs collatérales et aux chapelles des bas-côtés. L’étendue en largeur donne à l’ensemble une certaine apparence de lourdeur qui n’existe pas dans la réalité. Les ornements ont été bien maltraités et par les protestants au seizième siècle, quand ils commirent toute espèce d’excès sur la cathédrale, et par les sauvages de la révolution, aveugles furieux qui ne demandaient que du sang et des ruines. On trouve encore quelques statuettes, surtout aux voussures latérales, mais les mutilations ont été affreuses. Nous avons observé en plusieurs autres endroits de belles statues qui ont été décapitées : les iconoclastes modernes ont exercé leurs fureurs sacrilèges sur tous les objets qui ne se sont pas trouvés hors de leur atteinte. Les deux flèches aiguës qui accompagnent le portail complètent cette façade.
L’entrée latérale, du côté de l’évêché, est chargée d’ornements et présente un ensemble très remarquable. Il faudrait un volume entier, pour rendre compte de toutes les formes délicates et gracieuses qu’on y rencontre, pressées les unes sur les autres. Nous sommes contraints de négliger les détails et de résumer notre pensée en disant que ce portail latéral est une ouvre ravissante. Il mérite d’être classé au nombre des plus admirables créations de même nature.
Les murailles extérieures, surtout autour de l’abside, sont décorées d’arcades ogivales simulées. Les colonnettes grêles qui supportent les arcs avaient été maladroitement coupées. On les restaure avec intelligence. Toutes les réparations tendent à rétablir l’édifice dans son état primitif. Avec le zèle si louable qui caractérise l’évêque de Bayeux, on est en droit d’espérer que les outrages du temps et ceux des hommes auront bientôt disparu.


Extrait des Cathédrales de France - 1843
M. L’Abbé J-J Bourassé

Bayeux
La façade de la Cathédrale Notre-Dame de Bayeux © Pascal Villeroy




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