L’église Notre-Dame de Savigny


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Savigny

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Ancien prieuré niché au cœur du bocage coutançais, l’église Notre-Dame de Savigny, dédiée à Sainte-Barbe, a été édifiée vers 1165 à la demande de Geoffroy de Brucourt. Témoin de l’art roman en Normandie, classé à l’Inventaire des monuments historiques, Notre-Dame de Savigny dépendait autrefois du prieuré de Sainte-Barbe-en-Auge rattaché au diocèse de Lisieux.

Les chapiteaux des colonnes sont ornés de dessins géométriques, de figures d’animaux et d’inscriptions. On y remarque un cheval buvant dans une coupe, deux colombes s’abreuvant dans le même vase, des lions avec la légende Leones, des serpents à face humaine bizarrement enlacés, des bêtes fantastiques sous lesquelles on lit le mot Cocodrias, enfin une inscription d’autant plus précieuse qu’elle nous fait connaître la date de l’édifice et le nom du bâtisseur ou peut-être du prêtre par les soins ou sous la direction duquel cette construction a été entreprise. [..] Les six premières lettres ont été refaites ou ajoutées : AB. INC. JESU C. Il en est de même des lettres depuis 26 jusqu’à 32 inclusivement : CPE. SUN... La pierre sur laquelle est gravée la partie ancienne de l’inscription est une pierre dure la partie refaite a été gravée sur une pierre d’aspect semblable, mais beaucoup plus tendre. Il est regrettable qu’avant tous ces remaniements, il n’ait pas été pris un estampage de cette précieuse inscription, en ne tenant compte que des parties non touchées. Deux choses restent à l’abri de toute contestation, la date M. C. XX. VIII et le nom du constructeur Turc ou Turch.

Les deux arcades aveugles à droite et à gauche de l’abside réclament […] un examen particulier. Elles étaient couvertes, en effet, de peintures murales représentant, ainsi qu’il est encore facile de s’en convaincre, différentes scènes de la vie de sainte Barbe. Depuis les travaux […] de reconstitution, dont elles ont été l’objet de la part de M. Francis Jacquier, on en saisit immédiatement, non seulement l’ensemble, mais encore tous les détails essentiels. La première scène, qui a d’ailleurs le moins souffert, est peut-être aussi celle qui est la plus remarquable comme sentiment et comme naïveté dans l’exécution. La sainte est représentée à genoux, la tète inclinée sur l’épaule le bras droit est replié et la main fermée, sauf l’index, qui est dressé le bras gauche : pend le long du corps. L’expression du visage est tout à la fois douce et rêveuse. Les cheveux sont relevés sur le cou, et une mèche en accroche-coeur est fixée au milieu du front, ce détail typique de coiffure se remarque dans les autres scènes.

Le fond du tableau est rempli par de gracieux entrelacs formés par les branches d’un arbre portant à l’extrémité de chacun de ses rameaux trois feuilles triangulaires. Les couleurs employées sont exclusivement le roux, le jaune, le noir et une sorte de gris bleuté, obtenus au moyen de l’ocre rouge, de l’ocre jaune, du noir de charbon et du blanc de Meudon. Cette palette est certainement assez pauvre, mais l’effet produit n’en est pas moins satisfaisant, et, dans son genre, ce petit panneau de Sainte Barbe en prière, d’une expression si pénétrante et si sincère, nous paraît un pur joyau. […] La seconde arcade nous raconte l’arrestation de Sainte Barbe et comporte quatre personnages le père de Sainte Barbe, les deux soldats chargés de l’arrestation et Sainte Barbe. Sainte Barbe est toujours à genoux et en prière le père, l’index de la main droite levé, se tient en arrière et ordonne l’arrestation. Les gardes mettent la main sur l’épaule de la sainte et lui arrachent son voile. La troisième arcade représente le supplice. Sainte Barbe à genoux, nimbée, tend les mains vers le ciel, ses cheveux dénoués flottent sur ses épaules. Son père la saisit de la main gauche et brandit le glaive de la main droite pour la frapper. Les peintures qui décoraient la quatrième arcade ont entièrement disparu.

Récemment des grattages pratiqués dans les murs de la nef ont révélé sur une grande étendue la présence de peintures ayant le même aspect et le même caractère que celles de l’abside. L’un des fragments les plus importants, parmi tous ceux qui ont été dégagés jusqu’ici, représente la cène avec ses personnages ordinaires. […] La bordure qui l’encadre est composée exclusivement de motifs empruntés à l’architecture romane. C’est un détail qui a sa signification en ce sens qu’il vient confirmer l’attribution que nous avons faite de ces peintures à la fin du XIIe siècle ou au commencement du XIII siècle.

Sous le toit de la sacristie, accolée au pignon de l’église, au-dessus de la baie absidale éclairant le choeur se trouvait […] deux fenêtres superposées, ou, pour parler plus exactement, d’une grande baie romane à deux compartiments, décrite par M. Francis Jacquier
« L’ouverture centrale formant la fenêtre du sanctuaire n’offre rien de remarquable à l’intérieur, mais présente à l’extérieur une disposition extrêmement curieuse dont nous ne connaissons aucun exemple. […] Pour décorer cette, partie de l’édifice, le constructeur a imaginé une grande et haute arcature avec ornement reposant sur deux colonnes à chapiteau sculpté qui, partant de la même hauteur que celle de l’intérieur, reposent directement sur le mur couronné d’un cordon mouluré à 2 m. 50 du sol. »

Cette arcature est divisée en deux parties. La partie inférieure forme l’ouverture de la baie centrale de l’abside de l’église la partie supérieure prenait jour à la naissance même de la voûte. […] La pierre qui forme le centre de l’arcade inférieure présente une scène cynégétique assez délicatement traitée. D’un côté un chasseur ou un centaure armé de l’arc de l’autre un cerf poursuivi par un chien quelques feuillages figurent la forêt. L’arcade supérieure, avec ses chapiteaux élégants et son triple rang de zig-zags, n’offrirait rien d’exceptionnel si elle ne servait d’encadrement à une sculpture du plus haut intérêt au point de vue de l’art religieux. Elle représente le Christ portant le nimbe crucifère, les pieds nus, assis dans une attitude hiératique sur un siège dont les bras sont terminés par une boule. Le visage est jeune, la barbe est taillée en pointe. Le Christ bénit de la main droite et tient de la main gauche un bâton terminé par une croix. Il porte deux vêtements une robe aux plis raides et symétriques, et, par dessus, une sorte de manteau terminé en pointe sur le devant.


Extrait du Bulletin de la Société des Antiquaires de Normandie - 1892.
Les découvertes de l’église de Savigny par M.E de Beaurepaire

église Notre-Dame de Savigny
La Cène, fresque du 14è siècle, Eglise Notre-Dame de Savigny © JCG
église Notre-Dame de Savigny
La Cène, fresque du 14è siècle, Eglise Notre-Dame de Savigny © JCG
église Notre-Dame de Savigny
La Cène, fresque du 14è siècle, Eglise Notre-Dame de Savigny © JCG




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