La Statue équestre de Guillaume le Conquérant


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Conquêtes Normandes

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Falaise

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Guillaume le Conquérant

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Monument commémoratif

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Guillaume le Conquérant
La statue équestre de Guillaume le Conquérant à Falaise © Jean-Claude Girard


GVILLAVME
LE
CONQVERANT
DUC DE NORMANDIE
ROI D’ANGLETERRE
NE A FALAISE
EN
MXXVII

La statue équestre, qui se dresse fièrement face à l’Hôtel de Ville de Falaise, répond à l’idée d’un monument, dédié à Guillaume le Conquérant, émise en 1837 par Louis Guizot, ex-ministre, directeur de la Société des Antiquaires de Normandie. En 1844, une commission est mise en place afin d’assurer le suivi du projet et le lancement d’une souscription nationale. En 1846, la réalisation du monument est confiée au sculpteur parisien Louis Rocher. En 1847 les frères Rochers, disant s’être inspirés de la tapisserie de Bayeux, présentent un modèle en plâtre de la statue équestre qui sera approuvé quelques mois plus tard, en janvier 1848. Guillaume, monté sur un destrier, vêtu d’une cotte de maille, coiffé d’un casque à nasal fixe, la tête tournée vers ses troupes, porte haut le gonfanon que lui a remis le pape Alexandre III, à la veille de son départ pour l’Angleterre.

En 1851, alors que l’architecte Trolonge, architecte de la ville de Falaise, achève la construction du piédestal en granit de Sainte-Honorine, la fonderie Saint-Denis de Paris s’affaire à couler l’impressionnante statue en bronze. Haut de sept mètres, d’un poids de six tonnes , le groupe équestre, d’un réalisme saisissant, reposant uniquement sur le train arrière et la queue d’un cheval cabré, est exposé sur les Champs-Elysées avant de rejoindre la ville de Falaise où le monument est inauguré, dans une ambiance de liesse populaire, le 26 octobre 1851 en présence de M. Louis Guizot à l’issue d’une vibrante allocution en hommage à celui qui fut, sans conteste, l’une des plus grandes figures de notre Histoire.

Ce n’est que le 19 septembre 1875, soit vingt-quatre ans plus tard, que les six statues, représentant les jarls et les ducs de Normandie de la lignée de Rollon, ancêtres de Guillaume, réalisées par le fondeur Thiébaut d’après les modèles fournis par Louis Rochet, seront mises en place autour du piédestal.

Allocution de M. Louis Guizot - Falaise, le 26 Octobre 1851

Vous donnez aujourd’hui, messieurs, un exemple rare, un exemple de mémoire longue et fidèle à travers les siècles. Il y a bientôt huit siècles, le roi Guillaume mourait, tristement délaissé, dans cette Normandie qu’il avait faite si grande. On trouvait à grand-peine à Rouen, théâtre de sa mort, quelques serviteurs pour garder son corps et accompagner son cercueil ; on obtenait à grand-peine à Caen, théâtre de sa sépulture, quelques pieds de terre pour l’y déposer. Vous réparez aujourd’hui cette froideur des contemporains ; par vos soins persévérants et par le talent d’un artiste éminent, le roi Guillaume se relève dans sa ville natale ; Falaise lui reporte, après huit siècles, la gloire qu’elle a reçue de lui.
Il est beau de faire justice à un grand homme. Pas plus après leur mort que de leur vivant, il ne faut flatter les grands hommes ; leurs erreurs, leurs torts, leurs vices, leurs crimes, quand ils en ont commis, doivent être mis en lumière et sévèrement jugés. C’est le droit et le devoir de l’histoire. Mais cette juste sévérité une fois accomplie, le mal une fois reconnu et traité comme il mérite de l’être, quand l’homme a été vraiment grand, il reste grand au milieu de ses imperfections dévoilées. Et alors c’est aussi un devoir de l’admirer et d’honorer avec éclat sa mémoire, car les grands hommes font la gloire des peuples, quand même ils en ont été les maîtres rudes et chèrement achetés.
Guillaume fut vraiment un grand homme ; et si la grandeur des princes se mesure, comme il faut bien que cela soit, par la difficulté des œuvres et par l’importance des résultats, il n’y en a pas beaucoup qui lui soient supérieurs.

Rappelez-vous, messieurs, un fait qui s’est accompli de nos jours, sous nos yeux, l’expédition d’Alger en 1830. Il s’agissait d’embarquer et de transporter sur l’autre rive de la Méditerranée, pour obtenir d’un barbare une juste satisfaction, une armée de trente mille hommes. Quels immenses préparatifs ! Que de soins ! Que d’efforts ! Que de puissants moyens déployés par notre puissante civilisation ! Et tout cela était jugé nécessaire, tant l’entreprise était jugée difficile. Et, au jour de l’épreuve, rien de tout cela ne s’est trouvé superflu pour le succès. Et le succès de l’entreprise a fait la gloire de ses chefs.
Au XIe siècle, à peine au sortir de la barbarie, sans aucun des moyens que nous donnent aujourd’hui la civilisation et la science, le duc Guillaume a rassemblé, embarqué, transporté au delà de la Manche, débarqué sur un sol ennemi, plus de trente mille hommes, et à peine débarqué, il a gagné des batailles, il a conquis un royaume.
Voilà pour la difficulté de l’entreprise ; voici pour la grandeur du résultat. Non-seulement Guillaume a traversé les mers sur de frêles barques avec une armée, non-seulement il a conquis un royaume ; il a fait bien plus : il a fondé un État. Il a fortement et solidement établi, sur une terre étrangère, son pouvoir, sa race, des institutions et une langue nouvelles, et son oeuvre a duré des siècles et dure encore : et c’est encore dans la langue du roi Guillaume qu’on parle à la noble reine d’Angleterre dans son parlement, et qu’elle répond.

Nous avons vu, messieurs, des conquêtes bien autrement vastes, bien autrement éclatantes que celles du roi Guillaume. Elles ont disparu aussi rapidement qu’elles avaient été faites. C’est un phénomène rare que des invasions qui fondent des États. Guillaume a accompli cette œuvre. Il était en profonde harmonie avec l’esprit et les intérêts permanents de son siècle ; il avait autant de bon sens conservateur que de génie conquérant.
Nous avons bien le droit, messieurs, de lui rendre cette justice, car sa gloire nous a coûté assez cher. Elle a été l’origine de cette lutte nationale qui a duré plus de trois siècles entre la France et l’Angleterre, ardentes à se posséder et à se subjuguer mutuellement. C’est Guillaume qui, en établissant entre les deux peuples des liens partiels et précaires, a commencé entre eux cette ère d’hostilité acharnée et toutes ces guerres qu’ils se sont faites jusqu’à ce qu’ils soient enfin parvenus à se séparer complètement l’un de l’autre.

Nous sommes sortis vainqueurs de cette grande lutte. Nous avons successivement reconquis toutes les parties de notre territoire et glorieusement assuré notre indépendance nationale. Nous avons définitivement repoussé les vainqueurs normands dans cette terre par eux conquise où nous les avions envoyés. Cette figure sans pareille dans l’histoire du monde, qui tient à la fois de l’ange et du héros, Jeanne d’Arc, a défait sans retour ce que les successeurs de Guillaume le Conquérant avaient voulu faire de la France. Et c’est sur la même terre, dans cette même ville de Rouen où le roi Guillaume était mort, que la vierge guerrière est venue sceller de son martyre la délivrance de son pays.

J’écarte ces souvenirs du passé, tristes et glorieux ; je ne regarde plus qu’à nous-mêmes et à l’histoire de nos propres jours. De nos jours aussi, de nombreux navires se pressent sur nos côtes, et embarquent, pour les transporter en Angleterre, des milliers de passagers. Est-ce une guerre nouvelle qu’ils y vont porter et trouver ? Non, messieurs, c’est la paix qui les y conduit et les en ramène ; ils ne cherchent point d’aventures ni de conquêtes ; ils vont offrir et recueillir des gages de prospérité réciproque. Les rapports des deux peuples sont maintenant aussi pacifiques que fréquents et animés. Un palais de cristal où ils se réunissent, un fil invisible, un éclair circulant sous les flots, qui porte de l’un à l’autre les avertissements de leurs besoins et de leurs services mutuels, voilà les liens qui remplacent aujourd’hui entre eux ceux que Guillaume le Conquérant avait voulu établir.
Laquelle des deux époques, messieurs, est la plus heureuse ? Lequel des deux spectacles est le plus beau ? Certainement, au milieu des troubles et des inquiétudes qui pèsent sur nous, dans notre état agité et précaire, notre temps a de quoi être fier et plein d’espérance, pourvu que notre espérance et notre fierté ne nous précipitent pas dans les prétentions et les chimères d’un fol orgueil ; nous pouvons, à bon droit, parler des bienfaits et des merveilles de notre civilisation, pourvu que notre civilisation ne soit pas elle-même un palais de cristal qu’on admire et qui disparaît tout à coup, et qu’on ne doive pas dire d’elle, dans la langue du grand poète que la Normandie a donné à la France : "Et comme elle a l’éclat du verre, elle en a la fragilité" .

Je ne voudrais pas, au milieu de cette fête, prononcer des paroles tristes ; mais vous me pardonnerez, messieurs, l’expression d’un sentiment qui est, à coup sûr, celui de tous les hommes sensés et de tous les gens de bien. Quand on est lancé en plein Océan, et par de violents orages, c’est peu d’avoir un beau vaisseau, bien armé, richement pourvu et couvert d’hommes intelligents et braves : il faut encore, il faut surtout que l’équipage soit uni et que le navire ait de fortes ancres, car c’est vraiment de là que dépend son salut. Soyons fermement unis, messieurs : sachons saisir les fortes ancres de la société et nous y attacher ensemble ; Dieu nous donnera le salut, si nous faisons ce qu’il faut pour le mériter.

Falaise
La statue équestre de Guillaume le Conquérant - Place de l’Hôtel de Ville - Falaise
Falaise
La statue équestre de Guillaume le Conquérant à Falaise © Jean-Claude Girard




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