Le Château de Domfront


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Domfront

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Gabriel de Lorges, Comte de Montgommery

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château de Domfront
Le château de Domfront - Lithographie d’Albert Robida -1891

Que j’aime tes débris, antique et sombre Fort
Qui, sur ton roc assis, du temps braves l’effort,
Et, depuis huit cents ans, lèves ta vieille tête
Qu’en vain ronge l’hiver, qu’en vain bat la tempête !
Domfront ! ton haut château semble, de toutes parts,
Du voyageur errant poursuivre les regards ;
Soit que, de Saint-Bômer, à l’œil il se présente ;
Soit que, du Margantin, sa ruine imposante
S’offre, rougie au loin de la pourpre du soir.
Mais qu’au pied de ces murs je me plais à m’asseoir !
Là, seul, pensif, foulant ces antiques décombres,
Des siècles écoulés j’interroge les ombres ;
Et leur voix me redit les fastes du passé.
Que de races, ici, tour à tour ont passé !
Que de fières grandeurs dans le cercueil éteintes,
Depuis que, des Autans défiant les atteintes,
Ce noble et haut donjon par Bellême élevé,
Debout, dresse son front encor bien conservé !
Que de fameux barons, que de grands personnages
Ont, sous ces murs guerriers, brillé dans les vieux âges !
Par Geoffroy, par Martel ce fort fut occupé :
Là combattit Rotrou ; là Guillaume a campé.
Du trône d’Albion, par Etienne exilée,
Dans ses premiers états Mathilde rappelée,
Après de longs revers, au château de Domfront,
Vint couver sa vengeance et cacher son affront,
Que d’autres faits a vus cette enceinte guerrière !
Un Evêque y vécut, une Reine y fut mère :
Là sa main de son fils balança le berceau,
Et, quelquefois peut-être, y tourna le fuseau.
Là, poursuivant Boulogne et coupable rebelle,
Philippe vint camper sous cette citadelle ;
Et sur son fier vassal, par sa valeur surpris,
Reprit l’antique fort dont il dota son fils.

Théâtre ensanglanté d’une implacable guerre,
Dépendant tour à tour de France et d’Angleterre,
Par deux peuples rivaux trois cents ans disputé,
Parmi les meilleurs forts ce donjon fut compté.
Les enfants de Calvin, dans leurs haines sauvages,
Trop souvent dans ces lieux, ont porté leurs ravages ;
Et la Ligue, à son tour, y jeta la terreur,
Aussi, combien de fois, promenant leur fureur
De châteaux en châteaux et de villes en villes,
Les tragiques acteurs de nos guerres civiles,
Au pied de ces remparts ont vidé leurs débats !

Mais si jamais ces murs virent d’affreux combats,
C’est quand, de forts en forts, chassé par une Reine,
Fuyant de Médicis la vengeance et la haine,
Avec un gros des siens, le fier Montgommery
Vint à ce haut donjon demander un abri.
Mais qui peut d’une Reine éviter les menaces ?
Le vaillant Matignon est déjà sur les traces,
Infortuné proscrit ! et d’un prochain trépas
Ton courage et ces murs ne te sauveront pas !

Déjà, de tous les côtés, la place est investie :
En vain, l’épée en main, d’une double sortie
L’ardent Montgommery veut tenter les hasards :
Ses soldats, repoussés, vaincus de toutes parts,
Reculent en désordre ; et, d’une fuite prompte,
Dans la ville effrayée ils vont cacher leur honte.
Goyon presse l’assaut ; et, redoublant d’efforts,
Il ébranle les murs, les portes et les forts.
Sans cesse l’airain gronde ; et, d’une aile hardie,
La bombe, dans Domfront, va porter l’incendie.
La ruine et la mort errent de tous côtés.
Abandonnant la ville et des murs dévastés,
Montgommery, qu’encor soutient son énergie,
Avec quatre-vingt preux au fort se réfugie.
Oh ! de quels grands exploits le château fut témoin !
Des créneaux et des tours, l’airain brûlant, au loin,
Dans les rangs ennemis va porter le ravage.
Goyon, de son côté, que pousse son courage,
A ses bouches de feu fait franchir un ravin,
Et, dressant leurs affûts sur un rocher voisin,
De ce tertre élevé, que son canon domine,
Tonne sur le donjon, et le bat en ruine.
Déjà le mur croûlant s’ouvre de tous côtés.
Partout en même temps, des assauts sont tentés :
Goyon se multiplie ; et, tandis qu’il foudroie
Cet orgueilleux château qui renferme sa proie,
Ses soldats, par trois fois répétant leurs assauts,
Escaladant les murs, s’attachent aux créneaux.
Vains efforts ! du donjon et de la tour de Presle,
De pierres et de dards sur eux pleut une grêle ;
Et dans son triple assaut Goyon est repoussé.
Ah ! que de flots de sang baignèrent ce fossé !
Que ces murs escarpés furent teints de carnage !
Et que le fier proscrit y montra de courage !
Mais enfin, accablé, poussé, forcé partout,
Sans armes, sans soldats, sanglant, manquant de tout,
N’ayant plus même en main un fer pour se défendre,
A Matignon vainqueur il crut devoir se rendre.
Malheureux ! sur la brèche il te fallait mourir !
Du moins au champ d’honneur on t’aurait vu périr :
La hache du bourreau, dans une horrible fête,
Sous l’œil de Médicis n’eût point tranché ta tête !

Qu’ici tout est changé ! le bronze meurtrier
N’ébranle plus les airs de son fracas guerrier :
Le donjon est muet. La bannière éclatante
N’apparaît plus au loin sur les créneaux flottante.
La garde au haut des murs ne veille plus la nuit ;
Et dans la morne enceinte on n’entend aucun bruit.
Bastions démolis ! murailles délaissées !
Vieux remparts ! hautes tours jusqu’au sol abaissées !
Une mousse grisâtre et des lichens flétris
Végètent sur vos tristes débris.
Des débris ! sous le temps leur vestige s’efface ;
Et de la tour de Presle on cherche en vain la trace.
Pour mieux anéantir les restes de ces tours,
De la bêche et du soc empruntant le secours,
L’homme a joint ses efforts aux lents efforts de l’âge,
Les glacis, les fossés, jadis teints de carnage,
Par cent bras réunis, dans la roche creusés,
En jardins aujourd’hui sont métamorphosés ;
La vigne s’y mêlant, aux pêches empourprées,
Tapisse les vieux murs de ses grappes dorées ;
Et la rose vermeille, au teint éblouissant,
Orne et parfume un sol rougi de tant de sang.

Seul, et veuf de ses tours, dès longtemps mutilées,
Et par ordre d’un Roi jadis démantelées,
Parmi tant de débris le donjon est resté,
Debout, inébranlable et beau de vétusté.
Oh ! que j’aime à rêver dans ce lieu solitaire !
Là, nul bruit !... seulement, s’élançant de son aire,
L’épervier, qui chérit ces murs abandonnés,
Quelquefois plane autour des créneaux ruinés.
Et, d’un sauvage cri troublant cette retraite,
Eveille tout-à-coup les pensées du poète.


M. De Chènedollé - 1829
Inspecteur de l’Académie de Caen.



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