Monuments Druidiques et Pierres Tournantes


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    On retrouve encore, dans les coutumes traditionnelles, et dans les habitudes superstitieuses des habitants de nos campagnes, des vestiges curieux du culte rendu aux pierres, et des cérémonies du druidisme. L’usage de mettre au foyer, le jour de Noël, la plus énorme souche du bûcher, celui d’allumer de grands feux dans la campagne le jour des Rois, et celui de parcourir les champs en portant des Coulines, ou brandons allumés, sont autant de souvenirs des pratiques établies par les Druides, pour la célébration de la fête du soleil au solstice d’hiver. Une croyance, très étrange, qui existe encore aujourd’hui, se rattache aux traditions de cette époque consacrée : Ces divinités formidables qui s’incorporaient jadis aux pierres érigées, n’ont pas cessé de manifester leur présence miraculeuse ; Aussi, certains monuments druidiques, que l’on a surnommés, à cause de cette circonstance, Pierres tournantes ou tourneresses , s’animent et se mettent d’eux-mêmes en mouvement le jour de Noël, à l’heure de minuit. Nous trouvons à citer, en Normandie, un nombre assez considérable de ces pierres miraculeuses. Dans la commune du Bosgouet, canton de Routot, au hameau de Mallemains, sur le bord d’un bois voisin de celui de Perray et de la forêt de la Londe, on rencontre un tertre peu élevé, couronné par plusieurs sapins. Il renferme, dans sa cavité, une pierre brute couchée sur terre, d’environ six pieds de longueur, et de deux pieds d’épaisseur. Cette pierre est supposée faire une révolution sur elle-même, chaque année, la nuit de Noël. Mais on prétend, de plus, qu’un ancien propriétaire l’ayant enlevée de l’emplacement qu’elle occupe, à l’aide de trois cent chevaux, elle y revint de son propre mouvement la nuit suivante.

    Sur les dépendances du château de la Martinière, qui s’élève sur le bord de Seine, à une petite lieue au-dessous de Caudebec, il existe une pierre que le peuple a distingué des autres roches qui l’avoisinent, par le surnom de Pierre tournante et de Pain bénit. On a quelques raisons de supposer que cette pierre était de l’espèce des Logans, que nous décrirons ci-après .
    Dans la commune de Condé-sur-Laison, arrondissement de Falaise, se trouve une pierre druidique, dite la Pierre cornue, à cause de la forme qu’elle présentait avant d’avoir subi quelques mutilations. Les habitants des environs ont observé qu’au premier chant du coq, à minuit, on voit la pierre magique s’ébranler et descendre vers la grande fontaine, située à quelque distance, pour s’y désaltérer .
    Une pierre située dans un taillis les plus fourrés du bois qui couvre la commune de Gouvix, arrondissement de Falaise, tourne aussi, d’elle-même, tous les ans, pendant la nuit de Noël .
    On compte, dans le département de la Manche, au nombre des pierres tournantes, les deux menhirs de Teurthéville-Hague, deux autres situés à Saint-Pierre-Eglise, le menhir de Cosqueville, le principal menhir de Montaigu-la-Brisette, le rocher naturel de Breuville, qui, sans doute, fut consacré aussi au culte druidique : ce rocher tourne trois fois lorsqu’il entend sonner la messe de minuit ; il renferme une petite caverne nommée la Chambre aux fées ; et enfin un peulvan détruit, qui se trouvait sur la route de Cherbourg à Valognes . Dans le département de l’Orne, il existe deux pierres tournoires : l’une est un dolmen brisé, situé à la pointe de la presqu’île de la Courbe ; l’autre pierre, qui paraît avoir subi aussi un déplacement, se trouve sur la bruyère de Montmerrey .
    La fête du solstice d’été était, comme celle du solstice d’hiver, tenue en grande vénération chez les Druides. De là, viennent toutes les croyances qui existent sous l’influence merveilleuse du jour de la Saint-Jean. En voici une, entr’autres, qui semble plus particulièrement se rattacher à une tradition druidique : Non loin des ruines du château de Montfort-sur-Rille, se trouve un tertre que l’on appelle la Butte qui sonne. On raconte, dans le pays, que les personnes à foi vive, qui visitent ce tertre à la nuit qui précède la fête de Saint-Jean-Baptiste, y entendent les sons harmonieux d’une musique souterraine.

    Il ne faudrait pas confondre les pierres tournantes avec les Logans ou Pierres branlantes, quoique ces dernières aient bien pu prêter à l’invention de la fable qui se débite sur le compte des autres. Il n’y a rien de surnaturel dans les Logans ou pierres branlantes. Ce sont, comme nous l’avons dit déjà, d’énormes pierres, superposées dans un équilibre si parfait, que le moindre effort suffit pour les mettre en mouvement. On est réduit aux conjectures sur l’usage et la destination des pierres branlantes. M. Dulaure a supposé, avec beaucoup de vraisemblance, que, des oscillations de ces pierres, on avait dû tirer des augures, comme les Grecs et les Romains en tiraient de petites figures et de guirlandes de fleurs, qui, suspendues à des arbres ou à des colonnes, étaient mises en mouvement, et qu’on nommait Oscillae . Les croyances qui existent, dans quelques unes de nos provinces, au sujet des pierres branlantes, viennent en appui à cette induction. On est persuadé que ces chefs-d’œuvre d’équilibre sont destinés à faire connaître les maris dont les femmes ont trahi la foi conjugale, et les jeunes filles dont la vertu a failli.

    Les Logans sont peu nombreux en Normandie : dans le département de la Manche, deux de ces curieux monuments ont été enlevés pour servir à la construction du port de Cherbourg ; l’un était situé à Bretteville-en-Saire ; on suppose, d’après les indications, que l’autre occupait la limite des paroisses de Cosqueville et de Fermanville. La pierre supportée de ce Logan n’avait pas moins de cent pieds cubes, et, cependant, on la mettait facilement en oscillation, tant son équilibre était parfait. Une pierre branlante existe encore sans la commune de Lithaire , une autre dans le bois du Gast, à trois lieues au sud-ouest de Vire, et à une lieue du bourg de Saint-Sever, dans le voisinage d’un dolmen dit la Pierre couplée. L’équilibre de la pierre branlante du Gast a été détruit .
    Si les Logans ont la vertu de produire des augures, quelques autres pierres sont regardées comme étant douées d’une influence providentielle. Les personnes qui visitent la pierre levée de Colombiers, doivent, si elles désirent se marier, monter sur la pierre, y déposer une pièce de monnaie, et sauter du haut en bas . Le procédé est expéditif, mais on ne dit pas si l’union qu’il amène est toujours avantageuse.
    Deux pierres renommées, aux environs de Bayeux, sont aussi l’objet de vœux et d’(offrandes du même genre ; l’une est la pierre de la fontaine Saint-Julien, l’autre est située à Saint-Nicolas-de-la-Chesnaye. Cette dernière ne reçoit en tribut que des pièces de monnaie trouées  ; sans doute par suite de ce préjugé, dont nous ne saurions définir la cause, qui fait considérer toutes les monnaies sur lesquelles un trou a été pratiqué, comme autant de talismans favorables.


    La Normandie Romanesque et Merveilleuse - 1845
    Traditions, Légendes et Superstitions Populaires de cette Province
    Amélie Bosquet.
    Graphie conservée.



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