Le Moine de Saire


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Depuis St-Vaast-la-Hougue jusqu’à Réville, petite commune qui occupe une langue de terre formant une pointe avancée dans la Manche, s’étend une chaussée qui sépare la mer d’immenses marécages constamment impraticables. Cette chaussée se termine à un pont jeté sur la Saire à son embouchure, en face d’une île appelée Tatihou, sur laquelle est construit un lazaret. A part les marécages cette contrée est du plus bel aspect. La campagne se déroule au pied de magnifiques collines, mur naturel de champs fertiles et verdoyants. Sur la dernière hauteur , qui semble de loin faire un pas vers la mer, s’élève la Pernelle, humble et modeste monument pour la prière du pauvre, qui seul habite cette côte.
Là, toujours exposée aux orages, aux ouragans, cette modeste église n’a jamais failli à son devoir de bienfaisance. Son but à elle n’est pas de faire l’admiration des curieux et des artistes, mais de sauver des dangers sans nombre que présente la côte, les marins auxquels elle indique les roches aiguës, écueils traitreux cachés sous une mer tranquille. Pour les marins, gens au cœur croyant, pour les habitants de ces campagnes, hommes simples et pénétrés des anciennes chroniques, tant de malheurs arrivés sur ces écueils n’ont pas une cause naturelle, c’est une puissance surhumaine qui les dirige, et voici le récit qu’ils en font.

Un soir, au baisser du jour, la gentille Milly , la fille d’un vieux pêcheur dont la cabane , dominant les environs, était bâti ainsi qu’un nid de mouettes sur le sommet le plus élevé des rochers de Réville, tout à l’angle de la pointe du cap, revenait de ramasser des coquillages, qu’elle avait recueillis dans une corbeille d’osier. Elle se hâtait, car la mer était basse depuis longtemps, et sur ce rivage uni le flux et le reflux se font en un instant. La belle enfant s’en allait chantant quelques refrains d’un vieux noël, dont l’air se modulait sur sa marche, comme il se prêtait aux manœuvres des marins ou au travail des pêcheurs. En tournant quelques blocs de falaise, sur lesquels elle recueillait parfois des moules, elle aperçut un jeune qui s’y était assis et semblait plongé dans de profondes réflexions. Elle s’inclina, car le rêveur n’était autre que messire Hamon de Réville, second fils du seigneur de la paroisse. Elle essaya même d’exciter son attention par un léger bruit, mais ni sa révérence, ni son mouvement ne purent tirer Hamon de sa rêverie. Tournant alors la tête vers la mer qui devait remonter bientôt et submerger les falaises, elle s’approcha de lui, et vivement émue de son audace, elle frappa doucement de sa main sur son bras. Il leva brusquement la tête :
— Qui me dérange ?
— Monseigneur, dit-elle en baissant les yeux, excusez-moi.
En voyant cette charmante fille, Hamon s’était apaisé bien vite.
— Que voulez-vous ? lui dit-il avec bonté.
— Monseigneur, voici l’heure de la marée.
— Que m’importe ?
— C’est que vous ne pouvez rester ici, la mer couvre ces rochers à plus de dix pieds.
— Eh bien ? dit-il avec indifférence.
— Mais, monseigneur, si vous ne vous hâtez, j’entends le flot qui vient, et vous serez noyé.
— N’est-ce que cela ?
— Oh ! de grâce ! monseigneur, partez ! suivez-moi.
— Je peux mourir ici, dis-tu ?
— Au nom du ciel, fuyez.
— Va, mon enfant, merci et adieu.
— Mais cela ne se peut pas ! Je vous en conjure ; voyez, voyez l’écume blanche qui devance les lames, nous n’avons plus que quelques minutes. Au nom de ceux qui vous aiment, venez !
— De ceux qui m’aiment ! reprit-il avec amertume, de ceux qui m’aiment ! va, pars, fuis, mon enfant, tremble pour toi, songe à ceux qui t’aiment, toi ; mais moi !...
— Monseigneur, dit-elle alors résolument en posant à terre sa corbeille, il ne sera pas dit qu’un bel et brave gentilhomme comme vous sera mort devant moi, sans que j’y misse obstacle, et puisque vous voulez rester ici, j’y demeurerai aussi.
Cela dit, elle s’assit sur un roc, les bras croisés.
— Par l’âme de ma mère, s’écria Hamon, tu es une admirable femme ! C’est moi qui céderait ; Dieu ne veut pas que je meure ce soir, car je serai damné de te faire mourir avec moi. Conduis-moi par le plus bref chemin.
Milly reprit silencieusement sa corbeille, la plaça sur son épaule, et plus leste qu’une barque favorisée du vent, elle prit sa course si rapidement, malgré son fardeau, que son compagnon avait peine à la suivre. Ils mettaient à peine le pied sur la chaussée que le flot arrivait bouillonnant en frappant la base et s’y jetait en mille jets qui retombaient comme une pluie fine.
— Tu m’as sauvé la vie, dit Hamon, c’est un funeste présent que je te dois, mais parle, que veux-tu ?
— Moi, monseigneur ? oh ! mais que pourrais-je vous demander ? Je ne veux rien.
— Si fait ! si fait, j’exige ...
— Eh bien ! monseigneur, promettez-moi de ne plus avoir de ces vilaines idées, car c’est un grand mal de se tuer ; la vie est si belle !
— Oui, mon enfant, pour toi la vie est belle, parce que, autour de toi, tout est tendresse et amour.
— Oh ! oui, monseigneur, j’aime tant mon père, il m’aime tant aussi !
— Ton père, ce n’est que ton père que tu aimes !
— Et vous voulez mourir, vous qui avez aussi un père, et qui avez de plus que moi un frère qui vous chérit.
— Comment te nomme-t-on, ma jolie pêcheuse ?
— Milly.
— Milly, aime toujours ton père, sois heureuse, bénis Dieu qui t’a fait naître pauvre.
— Monseigneur, vous m’avez promis de ne plus songer à mourir ?
— Adieu, Milly, mon ange protecteur, l’heure s’avance, ton père, ton père qui t’aime s’inquiète de ta longue absence ; va le rejoindre.
— Vous m’avez promis...
— Tu es mon ange, je te dois la vie, je vivrai, je souffrirai ; adieu, Milly, va embrasser ton père.
— Bonsoir, monseigneur, dit-elle d’un accent si triste, qu’il fit venir une larme dans les paupières de Hamon .
Elle prit le sentier qui menait à sa chaumière, et en se retournant plusieurs fois dans le trajet, elle aperçut le chevalier immobile à la place où elle l’avait quitté, les yeux tournés vers elle.
A la veillée, tandis que son père raccommodait les mailles d’un filet, elle ne chanta pas comme à l’ordinaire, sa main laissa par moments son fuseau inactif, elle songeait qu’il était bien triste qu’un beau gentilhomme comme le second fils de monseigneur de Réville, ne fût pas heureux.
— Mon père, dit-elle tout à coup, est-il vrai que monseigneur ait de la préférence pour un de ses deux fils ?
A cette question le vieillard la regarda en souriant.
— Quoi ! tu t’occupes aussi des médisances du village ! Laisse cela, mon enfant, aux bavards, aux oisifs ; les affaires des grands ne regardent pas les petits ; monseigneur ne peut faire autrement que de donner tous ses biens avec ses titre à son fils aîné : C’est l’usage, c’est la loi.
— Mais qu’aura donc l’autre ?
— L’autre ? une robe de moine.
— Ah ! je comprends tout maintenant.
— Que dis-tu donc ?
— Je comprends ce qu’on dit dans le village.
— A quoi bon t’occuper de ces choses ?
— C’est vrai, j’ai tort, dit-elle en l’embrassant, Dieu est bon, j’ai un père qui m’aime.

Le lendemain sur la grève, elle vit venir à elle messire Hamon. Sa poitrine éprouva un serrement indéfinissable, qu’elle n’avait jamais ressenti ; son visage bruni par le soleil se colora plus vivement encore ; elle s’arrêta, n’osant ni avancer ni reculer ; attendant. Elle était admirable ainsi la fille des rochers, la tête couverte d’un large chapeau de paille entouré d’un ruban de couleur, les cheveux noirs comme le jais, tombant en deux tresses sur ses épaules, le sein couvert d’un corsage rouge, et n’ayant pour autre vêtement qu’un court jupon à rayures. Ce n’était pas une femme frêle comme un roseau, pâle comme une marguerite fleurie sous la mousse, ce n’était pas non plus une amazone aux regards hardis. Ses formes arrondies étaient admirablement modelées, son visage était régulier et presque fier, son teint légèrement cuivré était adouci par le contraste adorable de deux yeux bleus d’une douceur extrême.
— Que vous êtes jolie ! Milly, dit le chevalier en lui prenant une main qu’elle n’osa retirer.
Ce compliment accrut son embarras.
— Vous m’avez dit hier que vous n’aimiez que votre père ?
— Oh ! certainement ! repartit-elle avec un empressement qu’elle eût voulu ensuite dissimuler.
— Celui-là sera bien heureux que vous aimeriez autrement que d’un amour filial.
— Monseigneur, le temps passe, ma tâche n’est pas encore finie.
— Nous l’achèverons ensemble.
— Vous ! monseigneur ! Elle montrait en souriant de dents plus blanches que l’ivoire.
— Moi, Milly, qui vous prie de m’accepter aujourd’hui pour compagnon de travail.
En même temps il se mit à ramasser aussi des coquillages. Lorsque la corbeille d’osier fut pleine, ils regagnèrent la chaussée, et comme la veille, Milly se retournant à trois reprises aperçut Hamon immobile, la suivant du regard.

Les jours d’après ce fut de même, mais chaque fois les doux propos du chevalier devenaient plus tendres, chaque fois le cœur de la fille du pêcheur battait plus fort. Si bien qu’un jour, assis à l’ombre, dans les falaises, Hamon lui racontait ses souffrances, et elle s’efforçait de le consoler, en s’affligeant avec lui.
Hélas ! n’était-ce pas aussi injustice, cruauté ! Lui si jeune, si noble, si beau, parce qu’il avait un frère que l’on voulait marier à une grande dame, on le privait non-seulement de ses biens, de ses dignités, mais du bonheur ! Un ordre d’un père inexorable, juge souverain, despote absolu, avait décidé qu’il irait dans un cloître ensevelir sous un froc sa jeunesse et sa liberté, son présent et son avenir ! Adieu donc beaux rêves, belles espérances ! Gloire, fortune, plaisirs, il fallait comprimer les battements de son cœur, les élancements de son âme. Mettre ce vaillant jeune homme dans un cloître, c’était river le couvercle d’un cercueil sur un vivant ; mais qu’importait à l’inflexible volonté de monseigneur de Réville, qu’importait au cœur sec et envieux du frère de la victime ! Il fallait que l’aîné d’une si noble race pût faire grande figure par le monde, soutenir par des prodigalités l’éclat de son blason ; cela valait bien qu’on immolât ce second fils qui avait eu grand tort de se donner la peine de naître, vraiment !
— Que suis-je né comme toi, Milly, ignoré, pauvre, obscur ; il n’y aurait pas de déshonneur pour moi à vivre du travail de mes mains, et au lieu d’aller mourir de désespoir dans ce monastère maudit, je respirerais l’air libre de la mer, ayant pour me consoler de mes chagrins, pour me reposer de mes fatigues, le cœur et le sein d’une femme adorée !
— N’y a-t-il donc aucun moyen d’empêcher ce malheur ?
— Si fait ! il en est un, chanceux, désespéré.
— Puis-je vous y servir ?
— Tu y seras de moitié.
— Quel est-il ?
--- La fuite. Tu m’accompagneras.
— Partout !
— Merci, merci ; je n’ai donc pas trop présumé de ton amour ! — Demain, au point du jour, attends-moi à la croix de bois, au-delà du pont de Saire. — Quoi : tu pleures ? ...
— Et mon père que j’oubliais !
— Ah ! c’est vrai ! Tu ne ne peux pas venir avec moi ! Allons, tu vois bien que je suis maudit ... Nous ne nous verrons plus ; demain ce n’est pas au rendez-vous que j’irai, c’est au couvent.
— Eh bien ! non ! s’écria-t-elle, non ! Que le ciel me punisse, que mon père me maudisse ; Hamon, vous l’emportez ; au point du jour je vous attendrai à la croix du pont.

Elle fut exacte au rendez-vous, mais Hamon ne vint pas. Son père, redoutant de la résistance de sa part, l’avait, pendant la nuit, fait enlever par ses gens et transporter malgré ses efforts furieux au couvent voisin. Une cellule obscure, un cachot, dirai-je, le reçut d’abord, jusqu’à ce que le désespoir, cédant à la rage, la douleur à la colère, épuisé d’un mois de violences et d’imprécations, il sentit que la lutte était trop inégale, qu’il fallait se laisser attacher le joug, dévorer et cacher ses tortures.
Cette résolution prise, il se laissa sans murmurer passer la robe blanche de novice, ceignit ses reins d’un grossier cordon, attacha à son côté au lieu de son épée un chapelet et un crucifix. Humble, pieux, modeste, il mérita d’être cité aux plus anciens mêmes comme un digne exemple, et le supérieur lui annonça un jour que par égards pour ses mérites on abrégerait le temps de son noviciat, et que sous peu il serait admis à prononcer ses vœux. Mais lui, honteux enfin d’une dissimulation qui répugnait à sa noble nature, à cette nouvelle il résolut d’accomplir un projet pour lequel il lui avait fallu tromper tous les esprits, capter la confiance, éloigner tous les soupçons. On n’avait pas songé une seule fois, depuis son apparente conversion, à visiter sa cellule. La fenêtre donnait sur la campagne ; il avait descellé un des barreaux de fer qui la garnissait ; la nuit, quand chaque membre de la communauté fut endormi, il fit une corde de ses couvertures coupées en bandelettes, et se laissa glisser.
Jusque-là le ciel lui-même semblait favoriser son évasion. La nuit était sombre à ne rien distinguer à deux pas. Le vent qui soufflait avec force apportait le bruit des vagues de la mer soulevée par l’orage. Il se dirigea de son mieux vers la pointe de Réville, vers la demeure de sa bien-aimée. En songeant à elle, son cœur battait d’un inexprimable sentiment d’amour, il oubliait tout ce qu’il avait souffert, et l’ouragan, et la pluie qui tombait à torrents, et la liberté ! Il allait revoir Milly ! Son existence entière était désormais dans un mot.

Traversant les champs, gravissant les rochers, il arriva jusqu’à la cabane du pêcheur. L’orage était déchainé dans toute sa fureur, les éclats du tonnerre ébranlaient le ciel sillonné par mille éclairs. Les habitants de la chaumière étaient faits à cette formidable voix, le vieillard dormait profondément, et si Milly était éveillée, ce n’était pas le tonnerre qui causait son insomnie. Oh ! non, c’est qu’elle était ainsi depuis le jour fatal qui lui avait ravi celui qu’elle aimait ! Pour elle, pauvre fille, plus de repos, plus de sommeil, plus d’espérance ! Tout à coup sur sa couche elle tressaillit. Il lui sembla avoir entendu un léger bruit à la porte. Ce n’était pas l’orage cette fois, ou le vent qui ébranlait la chaumière. On frappa une seconde fois trois coups... Son cœur eut un pressentiment elle alla ouvrir.
— Milly ! s’écria le novice en l’apercevant à la lueur des éclairs.
— Silence ! mon père repose.
— Que faire ?
—Tiens, le ciel s’éclaircit, l’orage s’apaise, la mer se calme, la barque de mon père est amarrée au bas de la falaise, tu sais manier la rame, là bas est l’île de Tatihou, nous pouvons y trouver un abri.
— Mais ne crains-tu rien, regarde, les flots sont encore agités, le vent est contraire ?
— Moi aussi je sais ramer, à nous deux nous serons plus forts que les flots.
— Viens donc ! et Satan nous soit en aide !
— Invoquons Dieu plutôt.
— Dieu ! reprit-il avec un sourire qui fit une impression pénible sur sa compagne, Dieu ! depuis longtemps il m’a abandonné, et cet habit maudit que ses prêtres m’ont forcé de revêtir atteste la reconnaissance que je lui dois.
— Hamon, dit la jeune fille effrayée de ces sacrilèges paroles, arrachées par l’amertume à son amant, vous aviez raison, la mer est mauvaise ; retournons à la cabane, je vous y cacherai de mon mieux.
— Non pas, nous ici arrivés, l’autre rive est sûre ! En mer !
Elle n’osa résister ; bientôt le frêle esquif quitta le bord. Mais le ciel devint plus sombre, l’ouragan gémit, les vagues s’élevèrent comme des montagnes. Les rames furent impuissantes contre les flots dont parfois elles touchaient à peine la surface et dans lesquels parfois elles se plongeaient jusqu’à la poignée, suivant que le canot se trouvait à leur sommet ou dans leurs sillons. Ce fut un horrible moment. Silencieux sur leur banc, les deux imprudents voyaient avec terreur une mort inévitable. Leurs rames leur furent enlevées par un coup de mer qui submergea à moitié l’embarcation. Alors, ils se virent tout à fait perdus et tombèrent pour la dernière fois dans les bras l’un de l’autre ; puis Hamon, se dressant tout debout essaya d’appeler au secours, par cet appel des marins en danger :
— Sauve la vie ! sauve la vie !
D’abord la voix sinistre de la tempête lui répondit seule ; mais enfin la nacelle portée par le roulis plus près des falaises permit à ses cris d’arriver à la chaumière du pêcheur. Les naufragés aperçurent la clarté d’une torche allumée par lui ; ils le virent descendre vers le petit hâvre où il arrêtait habituellement sa barque ; le brave homme croyait avoir à porter du secours à des étrangers en détresse. Ne la trouvant pas il dirigea ses regards vers le point d’où venaient les cris, et il aperçut le novice qui tendait vers lui les bras, enveloppé comme un spectre dans les plis de sa robe blanche.
— Malheureux ! s’écria-t-il ! malheureux !
Au même instant il sembla que la mer creusât un abîme sans fond, le canot y fut précipité, les deux lames se rapprochèrent. La mer redevint calme, unie comme une glace, le ciel bleu, la lune éclatante, et l’on aperçut sur la pointe des falaises un vieillard agenouillé priant pour les morts. Il arrosait ses invocations de larmes douloureuses, car il avait trouvé déserte la chambre de sa fille bien-aimée.

Le ciel eut-il égard à ces touchantes prières ? Oui sans doute, il ne fut pas plus rigoureux que ce vieillard si cruellement trahi et qui trouvait dans son cœur des pardons, des prières, pas une imprécation. Mais comme nul ne pria pour l’âme du novice sacrilège, elle fut condamnée à errer jusqu’à la fin des siècles dans les lieux témoins de ses péchés. Depuis cette nuit terrible, quand un voyageur attardé est contraint de parcourir la chaussée qui sépare le marais de la mer, et que celle-ci est dans son plein, il n’a pas fait un court trajet qu’il entend des cris d’une affreuse angoisse ; il porte les regards vers le point d’où ils partent ; une forme humaine, couverte d’un vêtement blanc, se débat sur les vagues. Le premier mouvement en pareille occurrence est de chercher à sauver le malheureux qui va périr, il regarde autour de lui ; précisément à ses pieds il y a un canot muni de tous ses agrès. Instinctivement, il détache la nacelle, la rame fait son office ; mais à mesure qu’il avance, la mer emporte l’être qui va périr, et dont la voix épuisée fait entendre encore ces mots :
Sauve la vie ! sauve la vie !
Le sauveteur redouble d’efforts ; tout entier à sa courageuse entreprise, il ne s’aperçoit pas qu’il va donner dans l’écueil le plus dangereux de toute la côte. Le courant saisit la barque, qu’un bras fatigué ne peut retenir, l’entraîne en tourbillonnant sur la pointe des rochers perfides. Elle s’entr’ouvre et disparaît avec celui qui la montait. Alors un infernal éclat de rire retentit dans les airs et l’apparition fantastique s’évanouit à son tour. Le moine de Saire a rempli sa tâche.


Légendes et Traditions de la Normandie
Octave Féré - 1843
Graphie conservée.



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