Une Veillée Normande


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Vous avez raison, dit le colonel Perrian, de ne pas croire aux revenants ; mais en vérité, je ne saurais blâmer, moi, ceux qui en ont peur. — Cela va vous faire rire ? Eh bien ! écoutez une histoire dont vous croirez ce qu’il vous plaira ; mais dont je vous nommerais bien un des héros, si...
— Serait-ce vous, colonel ? s’écria Marie de Beaucourt, d’un air malicieux.
— Pourquoi pas, ma belle demoiselle ? Au reste, écoutez mon récit ; il n’est que neuf heures et j’aurai fini avant dix.
— Tant pis, fit madame Forbin, je n’aime rien tant au monde que les histoires de revenants ; mais commencez, colonel, je vois que tout le monde vous écoute.
En effet, chacun s’était approché de M. Perrian, et semblait attentif à ce qu’il allait dire.
— Ce n’est pas une histoire d’hier que je vais vous conter, cela remonte à 1788, vous voyez, quelques années avant la révolution, et nous sommes en 1834.

M. le comte de Barus, — vous me permettrez de changer les noms propres, — grand amateur de chasse, apprit que l’on voulait vendre le château et les bois de Saint-Julien, qui regorgeaient de gibier. Il envoya son homme d’affaires traiter avec les propriétaires, et bientôt le château et ses dépendances furent à lui.
Mais quel château ! — Son intendant lui assurai qu’il n’avait pas été habité depuis cent ans au moins, et que lui-même n’avait pu se loger que dans la maisonnette du concierge ; sans compter, ajouta-t-il, qu’il court dans le pays des bruits extraordinaires sur cet abominable manoir, dont personne n’oserait habiter les appartements.
Le comte se mit à rire de ces rapports, il fit venir un enfant de quinze ans, qu’il avait adopté, et dont il s’était fait un fils ...
— Vous ? interrompit Marie d’un ton moitié affirmatif, moitié interrogatif.
Le colonel regarda la jeune fille, ne lui répondit pas et continua :
— Jules, lui dit-il, voici, mon ami, une belle occasion de montrer ton courage, tu partiras demain avec moi pour un vieux château, plein de revenants !
— Tant mieux ! repris le jeune homme en riant ; il y a longtemps que j’ai envie de faire connaissance avec des habitants de l’autre monde.
Le comte lui expliqua alors qu’il avait acheté Saint-Julien, et qu’ils iraient y faire une visite, pour le mettre en état de recevoir, pendant l’hiver, une troupe de chasseurs de ses amis.
En effet, il se mirent en route le mercredi suivant, et arrivèrent le vendredi matin, chez le concierge, qui fut surpris de les voir, car il ne les attendait pas sitôt.
Cependant il leur offrit toutes ses provisions, et sa chambre, car leur dit-il, il ne faut pas songer à habiter le château.
Ce château était un manoir fort ancien, sans aucune trace d’architecture, et dont l’aile entière était renversée.
— Mais, dit le comte, n’y a-t-il pas un seul appartement logeable dans cette maudite citadelle ?
— Maudite, c’est bien le mot, monseigneur, fit le bonhomme, car je ne crois pas qu’un chrétien y ait passé la nuit depuis bien longtemps.
— Eh ! pourquoi cela ?
— Miséricorde ! monseigneur, monsieur votre intendant ne vous a-t-il pas entretenu des choses effroyables qui s’y passent toutes les nuits ?
— C’est bien, c’est bien, mais conduis-nous et voyons si nous ne trouverons point une chambre où nous installer.
Le concierge fut donc contraint bien à regret, et après avoir fait deux ou trois soupirs, de conduire ses hôtes.
Ils entrèrent d’abord dans un grand vestibule, le long des murailles duquel étaient accrochés quelques mauvais tableaux, dont le temps et l’humidité avaient effacé les couleurs : Barnabé poussa une porte à demi-vermoulue et détachée d’un de ses gonds ; ils pénétrèrent dans un immense corridor, dont les fenêtres étaient brisées , l’humidité s’y était introduite, les dalles glissantes étaient verdâtres.
— Voici le grand escalier, dit le concierge très-bas, et assez haut pourtant pour que l’écho de ces voûtes muettes si longtemps, répétât dix fois ses paroles.
Bientôt, ils entrèrent dans une suite d’appartements délabrés ; les meubles renversés étaient presque pourris, les tapisseries pendaient en lambeaux le long des murailles ; ça et là, quelques portraits des anciens seigneurs de Saint-Julien apparaissaient dans leurs cadres enfumes, voilés par des toiles d’araignée.
Il y avait, dans une de ces chambres un peu mieux conservée que les autres, des peintures fort gracieuses dont on distinguait quelques restes ; les meubles étaient aussi d’une façon plus élégante, et tout semblait dire que ç’avait été l’appartement du maître ou de la maîtresse du château ; comme Jules regardait tout cet entourage, le concierge le repoussa vivement en arrière.
— Prenez garde, mon jeune monsieur, vous allez marcher sur la place du sang !...
— Que veut-il dire ? demanda le comte, qui porta en même temps ses yeux sur le parquet, où les deux visiteurs virent des taches de sang bien distinctes.
— Ne voyez-vous pas ce sang ? reprit le concierge.
— Oui, et j’entends qu’on le fasse disparaître.
— C’est bien aisé à dire, monseigneur ...
Le comte, pressentant quelqu’histoire qui ne finirait point, poussa brusquement la porte du fond, qui donnait dans l’appartement le plus reculé du château. C’était aussi le plus propre ; à la rigueur on y pouvait loger, sans être top mal.
Il était meublé fort régulièrement : de larges et profonds fauteuils étaient rangés le long des murailles ; une vaste couche, recouverte d’une courte-pointe cramoisie garnissait l’alcôve du fond ; une table ronde était au milieu, supportant des candélabres ; et la haute cheminée était surmontée d’un bas relief de chasse.
— C’est ici que nous logerons, dit le comte, faites-y apporter par nos gens du linge et du bois.
La journée se passa à examiner les dehors, puis, quand le soir fut venu, — le soir vient vite en automne, — monsieur de Barus , proposa à son jeune ami, qui devait coucher dans la chambre aux taches de sang, de se faire raconter par le concierge, tout ce qu’on débitait sur le château. Cette proposition, comme vous jugez bien, fut acceptée avec empressement.
On fit donc venir Barnabé. — Je ne vous ai pas dit que c’était un vieillard d’une taille ordinaire ; mais si singulièrement vêtu, qu’on avait peine à le prendre pour un chrétien. Il était couvert, de la tête aux pieds, d’une grande houppelande grise, attachée avec une ceinture de cuir ; sa coiffure consistait en une toque de velours autrefois violet, par-dessus laquelle il empilait un énorme bonnet de fourrure, qu’il avait fabriqué de la peau d’un chevreuil ; il y avait dans ses traits plus de finesse que de naïveté ; sa voix était presque toujours basse, comme s’il eût craint d’être entendu.
Il se rendit aux ordres du comte, et parut effrayé en voyant que les lits étaient préparés dans les deux chambres.
— Vous avez tort, messieurs, fit-il en hochant la tête, il ne faut jamais défier le démon !
— Allons, maître Barnabé, dit le comte, trêve de morale, pour aujourd’hui, et tâchez de nous égayer par le récit des aventures qui ont eu lieu ici.
— Certes, monseigneur, cela n’est rien moins que gai, je vous jure ! Et ce qu’il y a de pis, c’est que ce sont de trop véritables histoires !

Ils le firent asseoir entre eux deux, devant le feu qui flambait joyeusement, tandis que plusieurs bougies placées dans les candélabres de la table éclairaient l’appartement.
— Il y a bien cents ans, commença le concierge, que ce château était habité par un seigneur jeune et très riche, mais très débauché et très méchant. — Il n’y avait pas, dans le village, une jeune seule fille dont il ne fût la terreur, et les plus belles et les plus jeunes tombaient toujours dans les pièges infernaux qu’il leur tendait ; je me trompe, il y en avait une, la plus belle de toutes, qui avait échappé à toutes ses poursuites, et dont la vertu n’avait succombé, ni à ses séductions, ni à ses menaces, ni à son or. Une telle résistance l’irrita, il fit venir son sénéchal, le confident de toutes ses débauches, et lui demanda conseil.
— Ma foi, monseigneur, à votre place je ne serais guère embarrassé !
— Que ferais-tu ?
— Eh ! s’il n’y avait pas d’autre moyen, je l’épouserais !
— Tu te moques !
— Non, monseigneur, je ferais venir mon sénéchal, je le ferais habiller du costume de feu le chapelain du château, puis à minuit il me marierait dans la chapelle, et je serais l’heureux époux de la belle madeleine, à qui je dirais de tenir notre mariage secret.
_— Tu es rusé compère ! J’accepte.
— Alors, monseigneur, il faut voir la jeune fille et la décider.
Madeleine était à garder les moutons d’un fermier qui la nourrissait ; elle était orpheline. Lorsqu’elle vit le seigneur, elle voulut s’enfuir ; mais il l’appela si instamment en la rassurant, qu’elle vint vers lui. Il lui prit les mains d’un air bien tendre et bien doux : c’était un très beau jeune homme, car souvent un beau corps enferme une laide âme ; il lui conta beaucoup de belles choses, de ces choses qui flattent les jeunes filles :
— Madeleine, lui dit-il enfin, si vous saviez comme je vous aime !
— Monseigneur, que dites-vous !
— Est-on maître de son coeur ?
— Monseigneur, vous avez dit cela aussi à Marie, à Julie, à Lucile, et elles ont eu tort de vous croire, car vous les trompiez !
— Oh ! celles-là, oui ; mais vous, Madeleine, j’ai éprouvé votre vertu, et si vous vouliez ...
— Hé bien ! Monseigneur ?
— Eh bien ! j’en atteste Dieu, vous seriez celle que j’introduirais dans ma chambre nuptiale !
— Vous me trompez, monseigneur ! La malheureuse se laissait tenter.
— Je jure, à la face du ciel, que je t’aime, et que je te prendrai pour femme ; puisse ton fantôme me poursuivre éternellement si je te trompe !
— Je vous crois.
— Hé bien ! à minuit, dans la chapelle du château, un prêtre nous unira, car d’ici quelque temps, je veux que mon mariage soit secret.
A minuit, le sénéchal déguisé en prêtre, prononça d’une bouche sacrilège les paroles du sacrement sur les deux assistants, et Francisque tout joyeux, emmena Madeline dans la chambre, — où vous allez coucher, dit le concierge, en regardant Jules, qui écoutait avec une vive attention.
La pauvre créature venait chaque nuit voir celui qu’elle croyait bien son mari et qui, à la fin, se lassa d’elle.
Un riche seigneur lui fit pressentir qu’il lui donnerait bien sa fille en mariage. — Dès lors la perte de Madeleine fut résolue.
— Une nuit, donc, ô messeigneurs ... ceci est bien épouvantable ! Une nuit qu’elle s’était endormie à son côté, il se leva doucement, et appela le sénéchal, qu’il avait prévenu. Celui-ci arriva armé de deux poignards, il en remit un à son maître. Le misérable s’avança vers Madeleine, qui s’éveilla au bruit de ses pas.
— Que veux-tu donc, Francisque ? dit-elle.
— Que tu meures !
En même temps, il fit luire à ses yeux la lame de son poignard, sur lequel donnait la lueur d’une lampe de nuit. — La jeune femme eut peur.
— Mais, s’écria-t-elle, ne suis-je pas ton épouse devant Dieu ?
Non, madame, et vous allez jurer de ne jamais parler de ce qui s’est passé entre nous, ou vous allez mourir ; choisissez !
— Mais, Francisque, — et elle descendait de sa couche, — cela ne se peut pas ! Pourquoi vouloir me tuer, moi ! ... Mon Dieu ! mon Dieu, est-ce qu’ils vont me tuer ! Ah ! malheureuse ! malheureuse !
— Allons, madame, dit le sénéchal en la saisissant par son poignet qu’il serra de manière à le meurtrir ; allons, il faut vous décider !
— Oh ! mais, est-ce que cet homme va me tuer ! est-ce que vous allez me tuer, Francisque ; vous qui ne me parliez que d’amour !
— Décidez-vous vite, Madeleine, car nous avons hâte !
La pauvre créature étouffait.
— Hé bien ! s’écria-telle, après tout, tuez-moi si vous l’osez, monsieur ! ... Oubliez vos serments, vos devoirs, l’humanité ! ... tuez-moi ; car je ne renoncerai jamais au titre que vous m’avez donné devant l’autel, et je serai toujours votre femme !
— Allons, Madeleine, il faut mourir !
O mon Dieu ! mon Dieu ! ils vont me tuer ! les lâches ! Ils se mettent deux, armés de poignards, dans la nuit, pour assassiner une femme qui dort ! — Mais moi, mourir ! mourir déjà, Seigneur ! Oh ! j’ai donc été bien coupable devant vous, que votre bonté m’abandonne ! — O messeigneurs ! messeigneurs ! pitié ! grâce pour moi ! voyez, je suis faible ! je suis nue ! je suis sans défense ! je n’ai rien ! rien que mes pleurs ! pitié ! pitié !
Elle se traînait en sanglotant à leurs pieds, elle baisait leurs chaussures ; mais eux, ils la regardaient impassibles et d’un air atroce.
— Etes-vous décidée, madame ?
— Francisque ! mon bien-aimé ! Oh ! tu n’exigeras pas cela, n’est-ce pas ! Oh ! ce sacrifice, il est plus fort que moi ! ... Tu auras pitié ! ...
Il s’approcha d’elle, la renversa à moitié, et lui mit sa dague sur le coeur.
— Vous voulez mourir !
— Eh bien, oui ! oui ! la mort, plutôt que la honte ! la mort, plutôt que le malheur ! la mort plutôt que l’abjection et les regrets ! Frappez !
Il fit un signe à son complice. — Deux coups de poignard tombèrent en même temps sur la poitrine de Madeleine.
— cela vaut mieux ainsi ! dit avec une froideur atroce l’intendant : puis ils allèrent jeter la cadavre dans les oubliettes du château ; mais il était resté sur le parquet des taches de sang qu’ils ne purent jamais effacer, et que nul homme n’enlèvera.
— N’est-ce pas, messieurs, dit le concierge en s’interrompant, que c’est une horrible histoire ?
— Horrible, en effet, repris le comte ; mais continuez, car jusqu’ici il n’y a pas de revenants.
— Ah ! voici ! — Il y eut peu de temps après de brillantes fêtes au château, pour célébrer l’union de Francisque et de la jeune fille du seigneur dont je vous ai parlé. — Puis, le jour des noces, quand il fut bien tard, le sire et sa femme s’en vinrent dans cette chambre, qui devait être la leur. On les laissa seuls, et ils se préparaient à se mettre dans ce lit, qui est celui de M. le comte ; déjà ils avaient éteint toutes les lumières, hormis leur lampe de nuit, lorsque la tapisserie de la porte se leva, et une voix grave se fit entendre :
— "Je jure à la face du ciel que je t’aime, et que je te prendrai pour femme ; puisse ton fantôme me poursuivre éternellement si je te trompe."
En même temps, un spectre, dont les mains et la figure étaient aussi blancs que le suaire qui le couvrait, s’approcha de Francisque saisi d’effroi, et lui rapportant encore ses paroles :
— "Madeleine, j’en jure Dieu, tu seras celle que j’introduirai dans ma chambre nuptiale." Voilà ce que tu m’as dit, sire Francisque de Saint-Julien, et je viens te sommer , devant Dieu, de tenir ta parole !
En même temps, le fantôme marcha droit au lit et s’y assit. — La fiancée du seigneur, saisie d’effroi, n’osait faire un mouvement. Francisque, tremblant d’horreur, voulut appeler, mais il ne trouva pas de paroles.
— Allons donc, mon noble fiancé, me voici sur la couche nuptiale ! viens donc, que je te découvre mon sein ! En même temps, le fantôme déchira son suaire, et montra sa poitrine baignée de sang !
Puis il descendit de la couche, alla prendre la main de Francisque, et posant l’autre sur son coeur qui battait horriblement !
— Il y a encore de la vie pour trois mois ! Francisque, dans trois mois, tu viendras avec ton complice me rejoindre ! — Quant à vous, dit-il, en s’arrêtant devant la fiancée tremblante, vous êtes innocente du crime de ces hommes, et je vous pardonne.
Le lendemain, la fiancée du sire de Saint-Julien le quitta pour entrer dans un couvent, et trois mois après, jour pour jour, on le trouva, ainsi que son sénéchal, mort sur le parquet de cette chambre !

Jules s’était machinalement rapproché du conteur, et M. de Barus paraissait ému ; cependant, comme il était incapable de connaître la peur, il remercia le concierge, et lui souhaita le bonsoir.
— Prenez garde mon cher maître, dit le vieillard, le spectre de Madeleine ne manque pas une nuit de faire une ronde ici même, et il prédit de terribles choses à ceux qui veulent l’affronter !
Le vieillard se retira.
— Maintenant, dit le comte à son compagnon, il est possible que la malveillance soit pour quelque chose dans les histoires que l’on rapporte sur ce lieu, il est prudent de prendre nos précautions.
Ils chargèrent leurs armes, allèrent barricader d’abord la porte de la chambre de Jules, que celui-ci renonça à occuper, puis celle de la chambre du comte, où ils résolurent de veiller tous les deux près du feu. Après avoir bien visité tous les coins, soulevé les tapisseries, assuré les espagnolettes des croisées, ils jetèrent de nouveau du bois dans le foyer, et causèrent jusqu’à onze heures.
A ce moment, Jules tressaillit.
— N’avez-vous rien entendu ? dit-il au comte.
Celui-ci écouta ; il n’entendit rien. — Cinq minutes après, il leur sembla qu’on parlait dans l’appartement voisin.
— C’est le vent, balbutia Jules, tâchant de s’affermir.
Mais les paroles devenaient plus distinctes ; puis on entendait des pleurs, des sanglots, des pas, des voix menaçantes, des bruits d’armes ... Le comte se leva de son siège et sauta sur les siennes ; le jeune homme l’imita.
— Il y a quelqu’un dans cette chambre, Jules, il faut y voir.
— Attendons plutôt ; ils sont peut-être plus nombreux et plus forts.
Le comte brûlait d’impatience ; il s’élança vers la porte qu’il avait barricadée, et demanda brusquement :
— Qui est là ?
— C’est moi, répondit une voix lugubre de femme.
Un spectre se dressa entre la porte et M. de Barus, qui recula étonné. En même temps, deux autres fantômes parurent au fond de l’appartement.
— Ne m’appelais-tu pas, mon bien-aimé ? dit le fantôme, marchant dans la chambre en traînant son long suaire ; eh bien, me voici ! Allons, viens donc donner le baiser d’amour à ta fiancée ! — Le fantôme alla se poser sur le lit. — Voyons, mon bien-aimé ! ... Francisque, je t’attends ! ...
L’un des deux autres spectres fit quelques pas vers l’alcôve ; alors l’apparition déchira les bandelettes qui lui couvraient la poitrine, et poussa un effroyable éclat de rire, en montrant son sein percé de deux coups de poignard, puis elle descendit du lit et vint droit au comte et à son compagnon ; ceux-ci retrouvèrent leur énergie ; ils saisirent leurs armes, et les lui présentèrent ; mais sa figure horriblement pâle, contracta un demi-sourire qui les confondit ; puis il posa une de ses mains décharnées sur le front du comte, et prononça d’une voix lugubre cet arrêt :
— Le sang coulera, et plus d’une tête se courbera sous la hache, et il y aura des malheurs et des gémissements !...
Il avança ensuite vers le jeune homme, qui n’eut pas la force de reculer, et lui fit aussi une horrible prédiction ; ensuite tout disparut.

Le colonel s’arrêta, et regarda son auditoire qui l’écoutait encore.
— Et qu’est-il résulté des prédictions de la morte, demanda la curieuse Marie de Beaucourt ?
— Il en est résulté, reprit gravement le colonel, que cinq ans après, c’était 93, et M. le comte de Barus est mort sur l’échafaud.
Toutes les dames poussèrent un cri d’effroi.
— Mais, reprit Marie, que vous avait-on prédit à vous ; car nous savons bien que vous avez été élevé par un comte, qui vous prit orphelin sous sa protection : vous nous l’avez dit vingt fois ?
— Pour ce qui est arrivé à Jules, reprit le colonel en se levant, et sans paraître remarquer comme son interlocutrice prenait un air mutin, ce serait un récit trop long pour ce soir ; je vous dirai cela une autre fois.


Légendes et Traditions de la Normandie
Octave Féré - 1 843
Graphie conservée.



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