Arthur Haché, vétéran du North Shore Regiment


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Arthur Haché
Arthur Haché, mémoires d’un soldat acadien du North Shore Regiment dans l’enfer normand

Personne, n’a oublié, et n’oubliera jamais, ces hommes qui parlaient "un drôle de Français" et qui , le 6 juin 1944, enterrèrent leur enfance sur la plage de Saint-Aubin-sur-Mer. Si pour tous ceux qui débarquèrent ce matin là sur les plages de Normandie, le débarquement sonnait la libération de l’Europe, pour certains d’entre eux, descendants de Français qui, il y a trois siècles, traversèrent l’Atlantique pour fonder l’Acadie, ce moment symbolisait aussi le retour sur la terre de leurs ancêtres. Arthur Haché, engagé à l’âge de 17 ans, Vétéran du North Shore Regiment du Nouveau-Brunswick, se souvient de ce jour, gravé à jamais dans sa mémoire.

« Je ne sais pas pourquoi, ça ne venait pas. J’ai barré cela. On dirait que ça ne veut pas sortir. Ben les vieux souvenirs, j’ai mis ça de côté. J’étais un temps sans en parler. Nous autres, en campagne, on sortait de chez nous on s’en allait dans l’armée. A peine si on allait à l’école seulement. On n’était pas instruit. On ne savait rien. On rentrait dans l’armée pour essayer de gagner notre vie. J’avais aucune idée de ce que c’était que l’armée dans ce temps là. On pensait qu’on s’en allait faire un pique-nique. J’avais 17 ans . J’avais vu des soldats bien habillés. Ils étaient beaux. Ils paraissaient biens. Je voulais être habillé pareil, comme eux autres, ça fait que j’ai décidé de rentrer dans l’armée, le 18 septembre.

On savait qu’on allait finir par y aller se rendre sur le champ de bataille. On ne savait pas quand est-ce. On a été en Angleterre. On faisait de la garde partout et puis toutes sortes d’affaires. On faisait du training. On a été sur le champ de bataille en juin 44.

Nous autres, ça nous disait pas grand-chose la France puisqu’on ne savait même pas qu’on allait se battre là. On allait en Angleterre pour sauver l’Angleterre. On était supposé faire la guerre en Angleterre, mais après cela, on a pris la France.

On a embarqué à Southampton. On a voyagé toute la nuit. On ne savait pas où on allait. Personne ne le savait. On avait tous les plans, mais on ne savait pas où c’était. C’était impossible d’imaginer (ce que serait le débarquement) parce que c’était gros. Il y en avait des affaires. Ce qui fait que c’était impossible. Les bateaux, c’était couvert sur l’eau. Ca faisait peur le matin. Il faisait mauvais en plus de cela.

Quand tu débarques tu te dis à toi-même « Tu es dedans. Il faut que tu fonces. Il faut que tu avances ». C’est cela : avance, avance. Et puis tu penses à ta vie à toi, il faut que tu avances. Il faut plus que tu penses à ton bien à toi. Il faut que tu avances parce que si tu avances pas ce sont les autres qui vont avancer sur toi. C’est cela l’affaire de l’armée.

A Saint Aubin nous on a débarqué. C’était pas mal de rafle dans la mer et puis, toute, on a débarqué dans l’eau jusqu’au cou. Moi j’avais un sergent avec nous autres qui avait été en Afrique. Il s’était battu trois mois. Il avait l’expérience. Moi j’avais mon œil toujours sur lui pour le suivre parce que lui, il savait ce qu’il faisait. On a passé la plage sans arrêté. On s’en a été plus loin, ce qui fait que là on n’a pas eu trop de misère. Mais des morts il y en avait partout.

Les avions passaient et bombardaient, et puis il y avait des Spitfires, des petits avions. Il y en a eu un qui est tombé en feu tout en avant de nous autres. C’est tout ce qu’on voyait, c’est du feu.

Au débarquement, quand tu passes au ras de monsieurs, d’amis que tu connais et qui appellent à l’aide, tu peux pas les aider. Il faut que tu continues. Ca fait que je me souviens un dimanche, que l’on a débarqué. Il y avait là un monsieur qui était dans un gros char d’assaut. Le char était en feu. Il me criait en pleine face « viens m’aider, viens m’aider ». Je ne pouvais pas aller. Je le vois encore ce monsieur là.

Je me souviens quand on est sorti de Saint Aubin, on avait pris une petite route, et puis on s’en allait dans l’est un peu.[…] Les Allemands nous on tirés sur un bord, les Anglais sur l’autre bord. On était pris entre deux feux. Dans le chemin, il y avait le fossé. Il était assez creux. On s’est toutes couchés dans ce fossé là. On n’a pas eu de blessés cette fois là. Les Anglais nous tiraient dessus. Et avant qu’ils s’en aperçoivent, ça a pris du temps. Ca a pris comme deux heures. […]. Il y a quelqu’un qui les a prévenu. Et puis là ils ont fait le tour et ils ont été prendre les Allemands qui étaient plus loin. Ca c’est la première journée vers 4 h de l’après-midi.

Des civils, je ne peux pas dire que j’en ai vus. On comprenait qu’il fallait qu’ils se cachent eux autres aussi. Il y en avait que tu voyais mais tu ne pouvais pas parler avec. Ils étaient terriblement recevants. Ils étaient contents qu’on est été. Ils se faisaient bombarder bien plus que nous autres. Il y en avait un, de temps en temps, quand on était débarqué, qui sortait. Je me souviens d’un qui est venu nous dire, montrant le champs qui était à côté , « ça c’est toute miné. C’est plein de mines. N’y allez y pas ! ».

Le débarquement, je ne dirais pas qu’on y a laissé notre jeunesse, mais on n’ avait pas conscience de ce qui se passait. Mais quand j’y ai retourné cinquante ans après, là je me suis aperçu de ce que c’était que la guerre. C’est là que j’ai compris la guerre. Parce que là, les civils ils venaient. Ils nous parlaient et nous disaient ce qu’ils avaient vécu. Il y avait pas seulement nous autres qui les bombardaient. Il y avait les Allemands. Les familles au complet. Ils sortaient le monsieur et puis la madame dehors et puis ils tiraient ceux-là devant les enfants. Nous autres, on ne se rendait pas compte de tout cela quand on a passé. Nous autres, on était là pour avancer.

Après cela, c’était plus pareil. Tu deviens un homme. Après, tu n’es plus un enfant. Tu réalises qu’il y a d’autres choses ».


Interview & photo : Arnaud Blin
Grand reporter et Organisateur de la Semaine Acadienne de Saint-Aubin-Sur-Mer
Réalisateur du film documentaire "Une si jolie plage"



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