La Brèche-au-Diable


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Pas un monument en Normandie, pas une ruine, pas un site pittoresque auxquels ne se rattache une histoire poétique ou merveilleuse. Aussi des traditions de toutes sortes se rapportent-elles à la fameuse vallée de St-Quentin, appelée la Brèche-au-Diable. Saint-Quentin est un petit village très modeste situé à quelques lieues de Caen ; il serait tout à fait ignoré sans les sites magnifiques qu’il présente.

Après avoir longtemps parcouru des sentiers étroits et difficiles qui serpentent à travers les rochers sur le flanc d’une montagne, on arrive au sommet, vaste plaine au sol spongieux couvert de bruyère commune. Une échoppe construite en pierres sèches et dont le toit de chaume résiste rarement aux rafales de l’ouragan, qui se déchaîne fréquemment sur cette lande inculte, sert d’abri à un pauvre homme qui s’est donné pour fonctions de conduire les voyageurs dans la montagne, et de leur en expliquer les merveilles. Il nous dirigea d’abord vers un petit bouquet de sapins à l’extrémité du plateau ; le sapin et de rares bouleaux peuvent seuls croître en ce lieu. Nous marchions depuis deux minutes à peine dans un sentier irrégulier, couvert comme d’une natte de feuilles desséchées tombées des branches, un mur grossier, en blocs de rocher, enlacés de lianes, se dressa devant nous ; notre guide ouvrit une grille de fer et nous entrâmes dans un bosquet funéraire du plus pittoresque aspect. Là, rien que des sapins noirs, des cyprès désolés, au centre un autel païen sur lequel Cupidon brise ses flèches et son arc, de toutes parts des inscriptions pleines d’amertume et de deuil, sur les pointes des falaises sortant du sol, des emblèmes de tristesse ; au fond un tombeau sur le devant duquel est sculpté avec beaucoup de soin l’image d’une femme expirante, et aux angles les muses du théâtre versant des pleurs. Celle qui se repose en ce lieu est une actrice dont la gloire a passé comme son sceptre de bois doré et sa couronne de carton, Marie Joly, qui fut il y a quarante ans environ l’honneur du Théâtre-Français. Elle mourut très jeune, à l’apogée de ses triomphes. Son mari, qui était propriétaire de la bruyère de Saint-Quentin, lui fit élever ce monument. Il se trouve à l’extrémité la plus avancée du plateau, sur angle de rochers qui domine les environs et toute la vallée. Rien de sauvage, d’abrupte, d’effrayant comme l’abîme qui se déroula devant nous. Cette désolée et magnifique vallée, bien digne de son nom infernal, offre l’aspect d’une montagne violemment déchirée en deux parties. Les parois à pic ne présentent que les aspérités de roches noires. On recule involontairement en frémissant après avoir plongé sa vue dans le fond de ces précipices parcourus par un filet d’eau qui bondit et bouillonne sur un lit inégal. Mais la vue se repose agréablement en apercevant au bout de ce sinistre paysage des prairies verdoyantes et quelques toits aux tuiles rouges. A quelle cause faut-il attribuer la séparation de la montagne ? A une éruption volcanique, à un tremblement de terre ? Nous n’avons pas mission de le rechercher, nous préférons rapporter l’explication moins rationnelle sans doute, mais beaucoup plus merveilleuse, que nous en donna notre cicérone.

Il y a longtemps, si longtemps, que les plus anciens du pays ne l’ont appris que par leur aïeul, qui l’avait appris du sien, vivait en Normandie, non loin de la ville de Caen, un puissant et noble seigneur, dont les terres étaient tout un canton, les vassaux un petit peuple, et les richesses immenses ; aussi le sire de Quesnay était-il respecté et envié de ses voisins, craint de ses vassaux, magnifiquement servi par des gens sans nombre. Son nom était redoutable au loin, malheur fût vitement advenu à quiconque eût tenté de forfaire à son encontre.
Vous dire que messire de Quesnay était heureux, serait chose superflue ; cependant, si vous croyiez que sa puissance et ses richesses étaient à la source de son bonheur, vous vous tromperiez ; la fortune ne suffit pas au coeur : ce qui rendait le sire heureux, c’était sa fille.
Jamais plus parfaite créature ne parut sur la terre, jamais le monde ne contempla forme plus angélique. C’est pour cela qu’à peine elle avait atteint sa quinzième année, quand jolis troubadours, preux chevaliers, nobles hommes briguaient l’honneur de son sourire, le bonheur de son regard. Bien des lances avaient été rompues, bien des épées brisées, pour attester sa beauté ; plus d’un tournoi avait retenti de son nom, plus d’un barde l’avait prise pour muse.
Oh ! qu’il y avait d’orgueil au coeur de ses parents ! oh ! que la noble dame de Quesnay et son époux étaient heureux dans leur fierté paternelle ! Ils ne savaient trouver d’actions de grâces assez ferventes pour remercier le Ciel d’avoir exilé un de ses anges ; par elle ; ils revoyaient l’ère de leur jeunesse, ils retrouvaient les douceurs de leur temps passé.

Souvent des joûtes étaient ouvertes à Quesnay ; Lucia se plaisait à ces divertissements gracieux, elle aimait les cris de héraults le bruit des épées, la poussière des coursiers couverts de fer, les plumets des casques, les corselets de maille ; puis les clameurs de la foule, les trépignements des spectateurs, et surtout, pourquoi n’en conviendrions-nous pas ? les hommages des preux auxquels elle applaudissait. C’était à qui se rendrait à ces fêtes ; car Lucia n’avait pas encore fait le choix d’un chevalier. — Souvent encore des bardes s’arrêtaient au castel, et leur lyre ne trouvait que des accents d’amour ; elle oubliait ses chants guerriers, jusqu’à ce que Lucia leur demandât s’ils n’avaient jamais ouï de hauts-faits, assisté à de gentes prouesses. Alors, subitement, vous les eussiez vus, passant de la tendresse à l’enthousiasme, se lever de leur siège, et célébrer des triomphes auxquels rien n’était pareil.

Un jour il arriva au château un jeune barde qui demandait l’hospitalité. C’était pendant le repas du soir ; assis sous un dais magnifique, à la droite de son épouse, le comte présidait un brillant festin ; un vin généreux remplissait les coupes avant qu’elles ne fussent vides ; des mets délicieux couvraient la table, et plusieurs seigneurs festoyaient en chantant. A l’arrivée du troubadour, il se fit un silence très profond. Le sénéchal le conduisit à son maître qui parut enchanté de sa bonne mine. C’était un beau jeune homme de vingt-cinq ans, à la chevelure noire, bouclée sur les épaules, richement couvert d’un justaucorps vert, à galon d’argent, de vêtements dessinant à merveille ses formes sveltes, coiffé d’une toque bleue, à glands d’or, où se balançait un plumet blanc. — Après s’être incliné devant ses hôtes, et avoir pris quelques rafraîchissements, il offrit de leur chanter quelque lai joyeux analogue à la circonstance ; mais Lucia s’écria :
— Sire troubadour, dites-nous plutôt les triomphes et la gloire d’un noble chevalier ; nous aimons ici les hauts-faits ! Ah ! quand brillera le jour où je trouverai à qui donner l’écharpe que m’a bénite le père Ambroise !
Le barde se leva, ôta sa toque, et, après avoir préludé sur son luth :
— Beaux chevaliers et nobles dames, seigneurs et barons, prêtez attention, retenez votre esprit, écoutez les combats et les victoires du chevalier des Lions, du preux chevalier Noir !
« Savez-vous qui a parcouru la Bretagne et le pays des Cénomans ; qui a vu les Turroniens et la Gaule, jusqu’au pays d’Oc, les Austriens, l’Italie sans crier une fois merci ? c’est le chevalier des Lions, le preux chevalier Noir !
« Savez-vous qui combattit six fois dans un tournoi, qui brisa dans une heure six bois de lances, qui désarçonna six chevaliers en un seul combat ? Savez-vous qui a triomphé de Tagur, surnommé le Roi des Héros ; de Tagur dont le nom était si longtemps demeuré sans reproches ? c’est le chevalier des Lions, le preux chevalier Noir !
« Qui n’a jamais combattu avec félonie et traîtrise ; qui n’a jamais menti à sa foi ; qui a surpassé en loyauté Magahal, appelé le Prince des Francs-Chevaliers ? c’est le chevalier des Lions, le preux chevalier Noir !
« Devant qui nul chevalier n’ose-t-il plus aller la visière baissée ; qui est celui qui court sur le vent, abat comme la foudre, triomphe comme l’éclair, brille comme un astre aux cieux ? c’est le chevalier aux Lions, le preux chevalier Noir !
« Et cependant, qui voit-on la nuit, rêver en silence dans l’allée solitaire ; qui erre sombre et pensif dans les champs isolés ; qui entend-on soupirer ? c’est le chevalier des Lions, le preux chevalier Noir !
« Qui a refusé plus d’écharpes et de dons d’amour, plus de souvenirs et de gages, plus d’anneaux et de fleurs ? — Personne ; cependant, il est triste, il est triste et le sera jusqu’à ce qu’il ait trouvé une âme comme son âme, le noble chevalier des Lions, le preux chevalier Noir ! »
On applaudit de tous côtés, et Lucia, frappant dans ses petites mains, sourit au poète.
— Sire troubadour, demande le sire de Quesnay, notre noble épouse et nous-même, espérons que vous nous donnerez quelques jours.
Le barde remercia, et s’excusa de ne pouvoir accepter une si gracieuse invitation, demandant à partir dès le lever du soleil.
Le lendemain, il reçut maints présents de son hôte ; et, comme il allait franchir le pont-levis, il se sentit arrêté.
— Beau chanteur, lui disait la voix douce de Lucia, dis-moi, je te prie, où tu as trouvé les paroles d’hier soir ? est-ce une fable, ou nous as-tu dit des choses vraies ?
— Noble demoiselle, repartit le voyageur en souriant, si la renommée ne vous a pas encore fait connaître le chevalier des Lions, c’est grand hasard ; mais il doit venir en Neustrie, et je ne doute point que celui qui passe sa vie à chercher la plus belle des belles, ne s’arrête à Quesnay.
— Merci mon joli troubadour ; et elle s’enfuit de toute sa vitesse.

A peu de temps de là, des héraults et des messagers d’armes annoncèrent en tous lieux, qu’une lutte à armes courtoises aurait lieu à Quesnay. Ce devait être une éclatante solennité, car le sire de Quesnay promettait la main de sa fille, au chevalier qui sortait vainqueur de l’arène.
Lucia était pour beaucoup dans ces choses. Depuis le jour où le barde lui avait appris le nom du chevalier, elle était exaltée pour ce héros, sans le connaître que par le lai du ménestrel ; elle avait soupiré plus d’une fois en songeant à lui. Elle espérait que s’il était près de venir en Normandie, le bruit d’une joûte éclatante l’attirerait au château.
Le grand jour arriva enfin, et avec lui une foule innombrable de curieux et d’hommes d’armes, parmi lesquels un chevalier aux armes noires ; son écusson, richement armorié, portait trois lions d’or en champ d’azur, avec cette devise :

QUAND TROUVERA ?

Vous dire tous les détails du combat, tous les traits de valeur des nobles chevaliers, serait chose au-dessus de ma faible portée. Sachez seulement qu’un seul obtint tous les triomphes ; qu’un seul resta debout dans la lice ; qu’un seul, après maintes longues et rudes joûtes, demeura proclamé vainqueur par les juges du camp, nul adversaire n’osant plus se mesurer à lui.
— Honneur ! honneur ! cria-t-on au chevalier des Lions ! Lui le coeur plein d’émotion, plia le genou devant Lucia, et son écuyer enleva son casque.
C’était le barde !... L’habit de chevalier lui allait aussi bien que le costume de troubadour.
— Je cherchais la plus belle, dit le chevalier, en montrant sa devise, elle est trouvée !
La jeune fille, un peu remise de son émotion déploya une écharpe :
— Beau chevalier-troubadour, car vous méritez ces deux titres, recevez cette écharpe ; elle a été bénite par un saint homme, portez-la comme un gage de souvenir de votre triomphe et de celle qui vous la donne.
En achevant ces mots, elle posa doucement ses lèvres sur celles du chevalier, et son visage se couvrit d’un vif incarnat.
— Nobles chevaliers et belles dames, dit Osmend, je vous prends à témoin des paroles de ma généreuse dame, et je reviendrai, si Dieu aide, lui offrir dans deux ans, mon coeur et mes lauriers
On applaudit de toutes parts, tandis que le sire de Quesnay vint assurer Osmend que s’il soutenait sa gloire pendant ces deux années d’épreuve, sa fille serait à lui.

Les voûtes du vieux château étaient silencieuses, l’herbe croissait entre les pavés de la cour d’honneur, les chaînes du pont-levis ne s’abaissaient plus devant de nobles hôtes. Un deuil profond semblait s’être emparé de ces lieux jadis si riants. Les échos des galeries ne redisaient plus d’éclats de joie, de refrains d’allégresse ; on eût dit que la mort avait étendu là son long manteau d’amertume, si parfois les pas d’un varlet n’eussent brui sur les dalles des longs corridors ; si quelques serviteurs, au front rembruni, n’eussent parlé dans les cours à voix basse, d’une façon mystérieuse.
Un affreux événement était arrivé à Quesnay, et avait glacé ses habitants de terreur. Un nuit, un grand fracas avait éclaté dans la partie du château occupée par Lucia et ses parents, le vieux castel avait été ébranlé, ses vitraux avaient craqué dans leurs châssis, des flammes bleues et rougeâtres avaient éclairé ses murailles, puis il s’était fait un grand silence, une grande obscurité ; et quand les femmes de Lucia étaient entrées chez elle, son lit était vide ! ...
Depuis lors plus de joie, plus de fêtes, plus de chants au château. Ce malheur s’était vite répandu, et, hormis quelques pèlerins, nul étranger ne venait demander l’hospitalité là ou naguère on l’eût traité magnifiquement ; nul barde ne venait égayer de ses accents les voûtes de la grande salle.
Oh ! qu’il eût été triste de pénétrer dans le coeur du vieux seigneur et de sa femme ! Que d’amertume et d’angoisses on y eût trouvées ! Autant ils étaient forts et rajeunis auparavant, autant l’absence de leur fille les avait rendus décrépits et faibles ! Leur corps s’était courbé sous le poids de leur âme attristée ; le lourd fardeau de leurs chagrins les avait penches vers la terre. — Triste spectacle , en vérité, que ces deux âmes unies depuis si longtemps, qui s’en allaient ensemble, par la même douleur, vers un but semblable ! — Ils déclinaient vers la tombe, les pauvres parents ; privés de leur appui naturel ; ils se courbaient vers la fosse, n’ayant plus rien qui les retînt ! ... Oh ! je vous le dis, cela était à fendre le coeur, à briser l’âme de douleur !
Ils passaient leurs soirées, assis en face l’un l’autre, dans le grand salon du château, sans se dire un seul mot, et s’entendant simplement, et se faisant du regard un long discours ; puis, quand était venue l’heure du coucher, ils se serraient la main et rentraient dans leur appartement. L’incertitude qui régnait sur le compte de leur fille leur était doublement pénible ; ils eussent préféré, à ce qu’il leur semblait, l’avoir vue mourante entre leurs bras ; car ils ne pouvaient se dissimuler ce que sa disparition avait d’effrayant.

Hélas ! la pauvre jeune fille, elle était bien à plaindre aussi ! Celui qui l’avait ravie à ses parents, à ses belles pensées d’avenir heureux, était un monstre hideux et brutal ; c’était le père de la laideur et du vice. — Un génie infernal !
Oui, lui, que l’on dit ne pouvoir jamais aimer, il s’était épris d’affection pour Lucia ; il l’avait emportée dans son affreux royaume !... Là elle se desséchait et de décolorait lentement ! là elle périssait sans pouvoir mourir. elle ne pouvait se soustraire aux yeux de son affreux geôlier ; et quand elle le priait, quand elle lui demandait humblement si elle resterait longtemps en ces lieux, il lui grinçait ce terrible mot, sans lequel il n’y aurait pas de démon :
TOUJOURS !
Plaignez-la ! plaignez-là Au lieu des mélodies des troubadours, elle n’entend que les hurlement ; au lieu de la chaleur et de l’éclat du soleil, elle est plongée dans des ténèbres brûlantes. Plaignez-la !
Si un seul instant encore elle eût pu éviter le regard de son bourreau ! Mais non, cet esprit maudit veillait sur elle ; elle ne pouvait s’y dérober.

Il y a, tous les dix ans, aux Enfers, un jour qui fait une joie aux damnés, qui fait anniversaire à leurs souffrances, c’est celui où Michel l’Archange vient leur apporter une goutte d’eau. — Lucia, oubliée de jour là par son tyran, parvint à s’enfuir !
Quel bonheur ! y songez-vous ? Comme son coeur se dilata en revoyant le ciel et l’air pur ! Quelle ardente action de grâces elle rendit à Dieu !
Mais, tout-à-coup dans les champs, un tumulte horrible se fit entendre ; la terre agitée trembla plusieurs fois, on vit bondir une montagne ; il jaillit de terre des rochers et des pierres, le sol lança du feu, de la fumée, le tonnerre gronda. Satan s’était aperçu de la fuite de Lucia, il se faisait un chemin pour courir sur ses pas.
Une montagne s’était fendue sous les efforts du roi des Enfers.
Il s’envola sur une des plus hautes pointes de rochers, et, au milieu du chaos qu’il venait de répandre au loin, il chercha s’il n’apercevait pas la fugitive ... En effet, il la vit ...
Hélas ! c’était donc en vain qu’elle s’était enfuie ! Il lui allait falloir retourner au séjour des maudits. En l’apercevant, la faible vierge sentit ses jambes s’arrêter ; sa poitrine cessa de battre, elle tomba sur le sol.
Ah ! ah ! fit le lutin, en la saisissant par le bras pour la relever, vous fuyez notre empire !...
Vous ne voulez pas de notre couronne, ma belle amie ?... Venez, suivez-moi.
Il allait l’enlever sur ses épaules, quand au bout de la plaine, il vit accourir un cavalier dont la monture agile semblait devancer le vent ; il regarda en arrière, mais sa brèche était trop loin pour qu’il pût la gagner avant l’arrivée du voyageur ; subitement donc il quitta sa forme hideuse ; un casque balança un plumet sur sa tête, une cuirasse couvrit sa poitrine, il eut une armure resplendissante, un vigoureux coursier.
— Chevalier félon, s’écria le voyageur, sur l’écusson duquel brillaient trois têtes de lions au fond d’azur, pourquoi faites-vous mal à cette Dame que voici navrée ?... Je vous défie à outrance et à telles armes que vous voudrez.
Le maudit poussa un cri aigu et si strident que la monture du chevalier se cabra ; mais son maître la retint habillement. A ce moment Lucia ouvrit les yeux :
Le chevalier Noir ! s’écria-t-elle, Dieu soit loué !
C’était lui en effet ; un seul changement s’était fait à ses armes ; il avait pour devise :

TOUT A ELLE

A son bras il attacha l’écharpe de sa dame, et il se préparait à combattre, quand, à la vue du voile bénit, le démon poussa un rugissement lugubre et disparut.
Vous dire tout le bonheur des deux amants, combien rapidement ils revinrent au château, comme furent bruyantes les fêtes de leur union, serait superflu.
Si vous voulez mieux savoir ces choses, si du moins vous voulez les savoir avec toute leur naïveté première, faites ce pèlerinage, questionnez le vieil habitant de la bruyère, il vous le racontera et terminera, en vous indiquant de la main des blocs de rocs épandus dans la plaine, par cette observation :
— Le pays se trouva couvert à une grande distance des rochers que le démon avait soulevés et lancés pour se frayer passage, mais peu de temps après la mer déborda, vint jusqu’ici et emporta en se retirant tous ces décombres.

Cette tradition d’un envahissement de la mer se retrouve fréquemment dans les traditions normandes.


Légendes et Traditions de la Normandie
Octave Féré - 1843
Graphie conservée.



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