Les Mulberries de Port Winston


mots cléMots clé :

Arromanches

|

D-Day

|

Mulberries

|

Arromanches
Vue aérienne du port artificiel Mulberry B d’Arromanches

Construire de toutes pièces, en moins de trois semaines, deux ports en eau profonde face aux villages d’Arromanches et de Saint Laurent-sur-Mer, d’une capacité équivalente à celle du port de Douvres, capables d’assurer l’approvisionnement en matériels et en renforts des contingents alliés fraîchement débarquées sur le continent ; tel est l’incroyable défi lancé, au début de l’année 1942, par Lord Mountbatten et Sir Winston Churchill. Cette prouesse technique fera dire à Albert Speer « En deux ans, nous avons utilisé 13 millions de mètres cube de béton et 1,5 million tonnes d’acier pour construire nos lignes de défense. Quinze jours après le débarquement ennemi, cet effort coûteux aura été réduit à néant par une simple idée de génie. Comme nous le savons maintenant, les forces d’invasion avaient emmené, avec elles, leurs propres ports ».

L’histoire des Mulberries débute en 1941 quand un jeune ingénieur Galois, du nom de Hugh Iorys Hughes, soumet au Ministère de la Guerre les plans d’un port artificiel constitué de gigantesques caissons submersibles, surmontés de jetées en acier, transportables par voie d’eau . En 1942, le raid sur Dieppe met en évidence le fait qu’il serait pratiquement impossible, aux forces d’Overlord, de s’emparer d’un port intact dès les premières heures suivant le débarquement. Alors que l’état-major allié semble privilégier un débarquement entre l’embouchure de la Somme et le Pas de Calais, Lord Mountbatten, chef des Opérations Combinées, marque, contre toute attente, sa préférence pour les plages situées entre le sud du Cotentin et l’embouchure de la Seine. Les côtes normandes n’offrant aucun port susceptible d’assurer le ravitaillement des forces alliées, à l’exception de celui de Cherbourg imprenable de front et trop excentré, Lord Mountbatten apporte une réponse pour le moins surprenante : « Ce port, nous l’emporterons dans nos bagages ».

C’est sous la conduite du Vice-amiral John Hughes-Hallett , nommé chef de l’état-major naval de l’opération Overlord, qu’est lancé le projet Mulberry . Afin de déterminer de manière précise les spécifications du futur port artificiel, des prototypes sont construits au nord du Pays de Galles puis convoyés, dans le plus grand secret, vers l’Ecosse, pour y être testés dans la baie de Wigtown, à proximité du port de Garlieston, une zone à la topographie similaire à celle des côtes de Normandie . Les premiers essais, peu concluant, menés sur le site de Rigg Bay avec trois plate-formes Hippo et deux chaussées flottantes de type Crocodile font rapidement ressortir l’extrême complexité d’un projet à la fois ambitieux et sans précédent. Les chaussées flottantes de type Swiss Roll, reposant sur des flotteurs en toile, incapables de supporter une charge supérieure à sept tonnes, coulent en moins de deux heures. Elles sont abandonnées au profit des Whales conçues par Allan Beckett. Un malheur n’arrivant jamais seul, les plate-formes de déchargement refusent obstinément de suivre le rythme des marées. Malgré les contraintes techniques, les retards et les multiples correctifs apportés aux éléments déjà construits ou en cours de fabrication, les Mulberries seront prêts en temps et en heure.

A la fin de l’été 1943, alors qu’en Ecosse les essais se poursuivent, trois cent sociétés employant plus de 40 000 personnes, se voient confier la construction de 212 caissons en béton armé d’un poids de 1672 à 6044 tonnes selon le modèle, des 23 plate-formes de déchargement articulées et de 15 kilomètres de chaussée flottante destinés aux Mulberries A et B de Saint Laurent-sur-Mer et d’Arromanches. Tandis que dans les estuaires de la Clyde et de la Tamise les imposant caissons Phoenix sortent de terre, sur le site de Morfa, utilisé quelques mois plus tôt pour la fabrication des jetées Hippo, à Richborough, à Southsea, à Marchward et à Southampton, des milliers d’ouvriers s’affairent au montage des plate-formes de déchargement et des chaussées flottantes.

Le 4 juin 1944 sonne le déclenchement de l’opération Corncob. Les éléments des Mulberries sont mis à l’eau puis tractés par des remorqueurs jusqu’au milieu de la Manche. Au soir du Jour J, les premiers Goosberries , faisant office de brise-lames, sont coulés face aux plages du débarquement. Arrivés en vue des côtes françaises au matin du 6 juin 1944, les premiers caissons Phoenix équipés de défenses anti aériennes sont positionnés puis immergés, à marée haute, aux premières heures du 7 juin 1944. La mise en place des block-ships et du Mulberry B est achevée dans la journée du 13 juin 1944. Construit en moins de deux semaines, le port artificiel d’ Arromanches, rebaptisé depuis "Port Winston", est opérationnel dès le 18 juin 1944.

Du 19 juin au 21 juin 1944, une tempête d’une extrême violence, qualifiée de « tempête du siècle », formant des creux de plus de 3 mètres sur la Manche, souffle sur les côtes normandes. Sous l’effet de la houle, les bombardons arrachés de leurs ancrages heurtent et perforent plus de la moitié des caissons Phoenix. La digue se disloque. D’immenses vagues envahissent et dévastent les équipements du Mulberry A situé face à la plage d’Omaha, drossant par la même occasion plusieurs centaines d’embarcations à la côte. Les brise-lames échoués, désormais à la merci de la mer, ses jetées et passerelles inutilisable, réduites à l’état de ferraille, le Mulberry A doit être abandonné au profit du Mulberry B qui, moins touché, devra assumer seul, pendant dix jours, l’approvisionnement des troupes alliées  ; le temps pour les hommes du Génie de renforcer les digues, de déblayer les épaves, les amas de ferrailles, les pontons enchevêtrés, d’organiser l’accès direct et le déchargement des LST sur les plages.

Le port de Cherbourg libéré, les forces alliées arrivant aux portes de l’Allemagne, les Mulberries cessent toute activité le 19 novembre 1944 pour être livrés aux mains des ferrailleurs chargés de leur démantèlement. De cette incroyable aventure, seuls subsistent de nos jours les vestiges des impressionnant caissons Phoenix , qui depuis plus de 60 ans font face aux côtes normandes, auxquels sont venus, récemment, s’ajouter cinq pontons du Mulberry A qui dormaient depuis cinquante-sept ans dans un centre des ponts de secours à Esvres-sur-Indre ; un gigantesque mécano, équivalent à 130 mètres de chaussée flottante, reconstitué en huit mois et installé en 2004 à Vierville-sur-Mer.

port artificiel d'Arromanches
Mise en construction d’un caisson Phoenix
port artificiel d'Arromanches
Centre de construction de caissons Phoenix - Weymouth - Avril 1944
port artificiel d'Arromanches
Structures de chaussées Whale - Usine de Marchwood
port artificiel d'Arromanches
Quai auto-élévateur Loebnitz face au port d’Arromanches
port artificiel d'Arromanches
Assemblage des élements des ports Mulberry
port artificiel d'Arromanches
Blockships servant de brise-lame au Mulberry B © IWM
port artificiel d'Arromanches
Mise en place des bombardons du Mulberry A
port artificiel d'Arromanches
Chaussée flottante du Mulberry A reliant les plate-formes de déchargement à la plage.
port artificiel d'Arromanches
Le Mulberry A de Saint-Laurent-sur-Mer au coeur de la tempête
port artificiel d'Arromanches
Le Mulberry A au lendemain de la tempête du 19 juin 1944
port artificiel d'Arromanches
Reconsitution d’une chaussée flottante - Vierville-sur-Mer © JCG
port artificiel d'Arromanches
Plateforme de déchargement échouée sur la plage de Vierville-sur-Mer © JCG
port artificiel d'Arromanches
Chaussée flottante Whale - Musée d’Arromanches © JCG
port artificiel d'Arromanches
Flotteurs Beetle échoués sur la plage d’Arromanches © JCG
port artificiel d'Arromanches
Plateforme de déchargement échouée sur la plage d’Arromanches © JCG
port artificiel d'Arromanches
Caissons Phoenix - Falaises des Fonderies - Arromanches © JCG
port artificiel d'Arromanches
Caissons Phoenix - Falaises des Fonderies - Arromanches © JCG




8904 vues
Evénementiel, Agenda
Evénementiel, Agenda culturel et festif ...
Météo Normandie
Actualités & Prévisions Météo en Normandie ...
sites et blogs normands Annuaire des sites et des blogs normands ... gastronomie, restaurants, cafés de pays Restaurants et Cafés de Pays en Normandie ...
sortir, rendez-vous Rendez-vous annuels et périodiques normands ... fiches recettes, cuisine normande Recettes et Spécialités de Normandie ...
Page d'accueil imprimer la page fil rss Mentions légales Système de Gestion de contenu spip(3.0.17) - Tous droits de diffusion et de reproduction réservés
Copyright © normandie-heritage.com - Marque déposée ®