| 10995 vues |
Si la vache de race normande, à la base d’une industrie laitière et fromagère florissante, est un atout économique pour la Normandie, elle est aussi, ne l’oublions pas, l’oeuvre des éleveurs normands qui, au 19ème siècle, sous l’impulsion d’Arcisse de Caumont, ont largement contribué à l’amélioration de l’espèce.

Selon certaines sources qui restent encore à vérifier, la vache normande aurait été introduite en Normandie, il y a plus d’un millénaire, lors des invasions Vikings. Viking ou non, quelles que soient ses origines, la vache de race normande est, selon l’hypothèse la plus vraisemblable, le fruit du croisement de trois races locales, la Cotentine, l’Augeronne et la Cauchoise, implantées depuis fort longtemps en Normandie. La Normande, excellente laitière produisant un lait aux qualités fromagères exceptionnelles , riche en matière grasse et en matière protéique , fournit aussi une viande de qualité, fondante, savoureuse, légèrement persillée, prisée par bon nombre de consommateurs.
Animal rustique, robuste, calme et docile, particulièrement bien adaptée au climat tempéré de Normandie dont elle est originaire, la vache de race normande est aisément identifiable par sa grande taille, son aspect massif, sa tête et son ventre blanc, la couleur de sa robe blonde , bringée ou caille parsemée de taches et la présence caractéristique de taches sombres au niveau du mufle et autour des yeux appelées communément "lunettes".
Durement touchée par la concurrence de la race Holstein, emblème d’un productivisme sans limites, et la disparition des petits troupeaux résultant de la mise en place des quotas laitiers, la race normande, en plus d’être compétitive, fait aujourd’hui l’objet d’un regain d’intérêt marqué, notamment de la part des transformateurs normands, en quête de qualité et d’authenticité, désireux de valoriser leurs productions au travers du label AOC Normandie mais aussi, comme nous le verrons plus loin, par les généticiens au chevet d’une race Holstein victime de son propre succès.
L’ASSOCIATION NORMANDE
La Normande ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui sans l’œuvre des éleveurs normands regroupés autour d’Arcisse de Caumont, fondateur de l’Association Normande créée dans l’intention de favoriser le développement économique en Normandie. En 1826, Arcisse de Caumont lance ses deux mots d’ordre aux Normands : « connaissez-vous vous-mêmes » et « unissez-vous pour l’action ». Son objectif est alors de produire du pain, de la viande et du beurre à un prix abordable pour tous ; d’où la définition de la double aptitude d’une race susceptible de produire en quantité à la fois du lait et une viande de qualité. La race Cotentine considérée, à cette époque, comme répondant le mieux à ces critères , donnera naissance à la race normande qui, par la suite, allait devenir la première race bovine française.
LA RACE NORMANDE AU SECOURS DE LA HOLSTEIN
Introduite en France et en Europe au lendemain de la seconde guerre mondiale, la race Holstein , réputée pour son incroyable rendement laitier grandement amélioré par la génétique, ne tarde pas à se substituer aux races locales. A force de dirigisme génétique, à force de favoriser la production laitière au détriment d’autres fonctions, la Holstein, hyper fragilisée, accuse une chute brutale de fertilité doublée de tares génétiques, depuis le milieu des années 1990. Aux Etats-Unis, des semences et des embryons de vache normande sont utilisés pour tenter de relancer les troupeaux dans certains élevages où ce taux est tombé aux environs de 20%. Si en France, où la race Holstein représente 70% du cheptel, cette baisse est beaucoup moins sensible, elle n’en demeure pas moins préoccupante au point que certains éleveurs se demandent s’ils ne devraient pas se tourner vers une autre race comme la Normande ou la Montbéliarde.